La Terrasse

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Danse - Critique

Retour à Berratham

Retour à Berratham - Critique sortie Danse Paris Théâtre national de Chaillot
Crédit : Jean-Claude Carbonne Légende : Émilie Lalande et le Ballet Preljocaj dans Retour à Berratham

Théâtre national de Chaillot / chor. et mes. Angelin Preljocaj/ Texte Laurent Mauvignier/ Scen. Adel Abdessemed

Publié le 22 septembre 2015 - N° 236

Une oeuvre poignante et remarquablement aboutie d’Angelin Preljocaj, où la danse dessine une fresque puissante de la barbarie humaine. La danse y est d’une très grande beauté.

Retour à Berratham a pour toile de fond la guerre, ou plutôt l’après-guerre. L’histoire est simple. Un Jeune-Homme (Aurélien Charrier) qui a réussi à s’enfuir avant les événements avec son frère revient à Berratham pour chercher la femme qu’il aime, Katja (sublime Émilie Lalande). Autour de lui, il ne rencontre que tristesse et désolation. La ville est un champ de ruines où rôdent des rescapés, silhouettes louches, nerfs à vif, plus rien à perdre. Seul le cimetière s’est terriblement étendu. Les immeubles éventrés sont occupés par d’autres. On ne reconnaît ni les lieux, ni les visages d’autrefois. Exactions, exécutions sommaires, viols, rapines, disparitions… On sait à peine ce qui vient pendant ou après dans ces corps déboussolés, en déshérence. L’humain est partout bafoué, ravalé, liquidé. Les survivants sont devenus soit des bourreaux, soit les tenants d’un nouveau régime qui n’annonce rien de bon. Si le texte de Laurent Mauvignier s’inspire de la guerre en ex-Yougoslavie (les origines albanaises d’Angelin Preljocaj ne comptant pas pour peu dans ce choix), ça pourrait être n’importe où, n’importe quand, aujourd’hui peut-être. Ce dont il est question c’est la violence extrême, à tous les niveaux de l’humain. Le drame absolu. C’est ici que la pièce rejoint la tragédie.

Une chorégraphie somptueuse, écrite à même les corps

Les acteurs (Laurent Cazanave et Niels Schneider) portent le texte sans endosser un rôle précis, mis à part la mère de Katja (Emma Gustafsson, ancienne danseuse du ballet par ailleurs), Laurent Mauvignier n’ayant pas écrit son récit sous une forme théâtrale. Le texte devient donc matière sonore qui déroule une histoire explorant plusieurs temporalités. Flash-back, dialogues au présent, zoom sur un événement constituent une trame complexe qui fait avancer l’action – à savoir la danse, qui met au jour des zones d’ombres que la parole ne saurait fouiller. La gestuelle d’Angelin Preljocaj se déploie dans toute sa force et sa maturité. Les mouvements sont intenses, sauvages parfois, avec des éclats sombres. Tout est mis au service de cette fresque de la barbarie ordinaire, soulignée par des trouvailles scénographiques, comme cette robe de mariée noire faite d’une ribambelle de vestes d’hommes. Retour à Berratham est un spectacle poignant, dont les prolongements dans le réel ne peuvent que nous donner le frisson.

 

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Retour à Berratham
du Mercredi 23 septembre 2015 au Vendredi 29 avril 2016
Théâtre national de Chaillot
1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75016 Paris, France

Du 29 septembre au23 octobre 2015 à 20h30, les jeudis à 19h30, samedi 10 à 17h, les dimanches à 15h30. Tél. : 01 53 65 30 00. Durée 1h45. 


Egalement : Les 9 et 10 mars à La Comédie de Clermont-Ferrrand, les 18 et 19 mars au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, le 31 mars au Parvis, Scène Nationale de Tarbes, les 11 et 12 avril au Théâtre André-Malraux de Rueil-Malmaison, du 26 au 29 avril à La Criée, Théâtre national de Marseille.


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