La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

En roue libre

En roue libre - Critique sortie Théâtre Genève Theatre de Poche
David Ayala et Julie-Anne Roth, excellents dans En roue libre. Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

Suisse et Rhône / de Penelope Skinner / mes Claudia Stavisky

Publié le 29 janvier 2015 - N° 229

Claudia Stavisky met en scène une troupe de solides talents dans la pièce de la jeune dramaturge anglaise Penelope Skinner. Une belle réussite dans l’écrin d’une magnifique scénographie.

La maman ou la putain, l’utérus ou le vagin, l’honneur ou le plaisir, la famille ou la gaudriole : depuis toujours, l’exclusive est de mise, et rares sont les mâles qui surmontent ces disjonctions. Les maîtresses de maison ne sauraient être celles de leurs maris ; sitôt qu’elle a satisfait l’espèce, une femme doit s’oublier comme individu. La grossesse, preuve de fertilité, stérilise le désir. Telle est la contradiction contre laquelle lutte la jeune Becky. Sa maternité, au lieu d’en faire une matrone paisible, la transforme en hétaïre licencieuse. A mesure que John, son mari, s’enferme dans son rôle de gardien du vase sacré qu’est, pour lui, devenue son épouse, elle repousse les barreaux de la cage niaiseuse qu’il installe autour d’elle ; jetant son bonnet par dessus les moulins, elle se rue sur tous les mâles environnants. Dans une langue verte et crue – remarquablement traduite en français par Dominique Hollier et Sophie Magnaud – Penelope Skinner dévoile ce que cache le puritanisme bon teint : le désir des femmes.

Tournante sur tournette

A bicyclette (ce véhicule diabolique qu’on interdisait aux jeunes filles respectables), Becky franchit allègrement la distance qui sépare le nid mortifère de sa ponte à venir du lit de la luxure adultère, où elle assouvit tous ses fantasmes avec un ogre de ses voisins. Les comédiens auxquels Claudia Stavisky confie cette partition gaillarde parviennent à l’interpréter sans sombrer dans la vulgarité. Eric Berger est un mari falot exaspérant à souhait, et son art de composer les bouquets en laissant sa femme se faner à ses côtés est désopilant. David Ayala campe un amant libidineux et égoïste, attachant et odieux. Allant et venant entre un coquelet impuissant et un satyre de pacotille, Julie-Anne Roth est une Becky émouvante et drôle, touchante et sincère. Valérie Crouzet, Patrick d’Assumçao et Nathalie Lannuzel entourent avec talent ce trio aux hormones en capilotade. Le maelström sentimental et sensuel dans lequel sont pris les personnages est remarquablement suggéré par la scénographie d’Alexandre de Dardel : le plateau tournant et les images projetées créent une impression d’affolement qui sert très justement le propos. Belle leçon de féminisme qu’assènent ici Claudia Stavisky et les siens.

Catherine Robert

A propos de l'événement

En Roue Libre
du Lundi 9 mars 2015 au Samedi 4 avril 2015
Theatre de Poche
Rue du Cheval-Blanc 7, 1204 Genève, Suisse

Du 9 au 22 mars 2015. Mercredi, jeudi et samedi à 19h, lundi et vendredi à 20h30 et dimanche à 17h. Tél. : +41 22 310 42 21. Les Célestins en tournée dans le Rhône : les 27 et 28 mars au Théâtre de Gleizé. Les 31 mars et 1er avril au théâtre du Vellein de Villefontaine. Les 3 et 4 avril au Lissiaco de Lissieu. Renseignements sur www.celestins-lyon.org Durée : 2h10. Spectacle vu au Théâtre Les Ateliers, à Lyon.


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