La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Père

Père - Critique sortie Théâtre Paris Comédie-Française - Théâtre du Vieux-Colombier
Claire de La Rüe Du Can et Michel Vuillermoz dans Père. Crédit photo : Vincent Pontet / Comédie-Française

Critique/Comédie-Française / d'August Strindberg / mes Arnaud Desplechin

Publié le 21 septembre 2015 - N° 236

Arnaud Desplechin crée sa première mise en scène de théâtre au Français. Cette tentative, lacrymale, statique et émolliente, ne parvient pas à traduire la violence du combat imaginé par Strindberg, et peine à convaincre.

Contre la toute-puissance castratrice de la matrice, contre les billevesées de la bigoterie crédule et de la bêtise inculte, le Capitaine, brillant minéralogiste, se dresse pour sauver sa fille de l’empire des femmes, en l’envoyant étudier en ville pour devenir institutrice. Strindberg aborde le thème des luttes intestines dans les foyers et suggère que, malgré leur faiblesse apparente, et contre l’inféodation à laquelle les condamne l’organisation sociale, les femmes l’emportent, avec le secours de la religion et des mauvais médecins. Laura veut garder près d’elle le seul être qu’elle aime au risque de l’étouffer : sa fille. Femme, « plus mère que femme », selon la catégorie dessinée par Caroline Eliacheff et Nathalie Heinich dans leur passionnant essai sur les relations entre mères et filles, elle préfère renoncer à son mari pour mieux faire disparaître le père qui l’empêche d’assouvir sa passion œdipienne. Derrière sa misogynie apparente, le propos de Strindberg est d’un vibrant féminisme, et met en évidence la dépendance sociale dans laquelle les mâles tiennent le beau sexe. Laura doit mendier l’argent du ménage et reçoit avec parcimonie les gages du respect dû à son statut. Les femmes sont soumises au désir des hommes et la seule arme qui leur reste est le secret de leur matrice. Puisque seule la mère sait qui est le père, la femme est vengée.

Une mise en scène noyée dans les larmes

Arnaud Desplechin installe les comédiens de la troupe de la Comédie-Française dans le vaste bureau tapissé de livres du capitaine. Au milieu, trône le spectroscope qui lui permet de percer à jour les secrets de la matière mais pas ceux du cœur malade de sa femme. Michel Vuillermoz campe un Adolphe sympathique, géant bienveillant dont la raison va bientôt être submergée. Anne Kessler est Laura, la femme du Capitaine. Arnaud Desplechin la transforme en poupée désarticulée et geignarde, sanglotant du début à la fin, dans un pénible monochrome des affects qui réduit l’évolution des rapports de force entre les deux époux en asthénie générale et en plainte continue. Les comédiens jouent face au public, dans une mise en scène statique qui transforme ce combat titanesque en mélodrame bourgeois d’un naturalisme fade. Tout le monde finit en larmes – le pasteur, la nourrice, la fille et même le père ficelé comme un gigot sur son lit de camp, dans une camisole de force dont on se demande si elle était vraiment nécessaire pour calmer de si tièdes ardeurs…

Catherine Robert

A propos de l'événement

Père
du Samedi 19 septembre 2015 au Lundi 4 janvier 2016
Comédie-Française - Théâtre du Vieux-Colombier
Rue Colette Magny, 75019 Paris, France

Matinées à 14h, soirées à 20h30. Tél.: 08 25 10 16 80. Calendrier sur www.comedie-francaise.fr Durée : 2h.


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