La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Penthésilé•e•s Amazonomachie de Marie Dilasser, mise en scène de Laëtitia Guédon

Penthésilé•e•s Amazonomachie de Marie Dilasser, mise en scène de Laëtitia Guédon - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de la Tempête
Seydou Boro dans Penthésilé•e•s Amazonomachie. © Pauline Le Goff

Théâtre de La Tempête

Publié le 25 avril 2022 - N° 299

Dans la lignée de son théâtre indiscipliné, Laëtitia Guédon adapte librement le mythe de Penthésilée. Entrelaçant théâtre, danse, musique, chant et vidéo, elle crée un spectacle total, à la fois intime et épique, sur un texte commandé à Marie Dilasser.

Quelle est la genèse de ce spectacle ?

Laëtitia Guédon : Il y a très longtemps que je souhaitais travailler sur le mythe de Penthésilée, que j’ai découvert à l’adolescence à travers la pièce d’Heinrich von Kleist. Dans mon travail de metteuse en scène, j’aime associer des auteurs vivants à l’écriture de mes spectacles, tels précédemment Koffi Kwahulé ou Kevin Keiss. C’est pourquoi j’ai passé commande d’un texte afin d’explorer au-delà du poème initial un enjeu central à mes yeux : le rapport au pouvoir, à la puissance de cette figure guerrière, qui éclaire les combats que mènent les femmes hier et aujourd’hui. Je me suis adressée à Marie Dilasser, dont j’aime l’écriture poétique et lyrique. Associant à la grandeur de la tragédie un aspect incisif et corrosif, elle a écrit un oratorio très beau, comme un livret d’opéra dont on aurait à reconstituer la partition sonore, musicale et chorégraphique. Cette forme très ouverte permet de créer au plateau une porosité entre les arts, entrelaçant théâtre, danse, musique, chant et vidéo.

Comment la pièce est-elle structurée ? 

L.G. : Le prologue commence par la mort de Penthésilée sur le champ de bataille, dont on ne sait si elle résulte de son suicide ou du combat contre Achille. Puis la première partie se tient dans un entre-deux mondes, en cet instant suspendu entre la vie et la mort. Dans cet espace mystérieux, sanctuaire intime qui à mes yeux s’apparente aux hammams de mon enfance, Penthésilée est amenée à se révéler. Dans une approche mythologique, elle est d’abord incarnée par la comédienne québécoise Marie-Pascale Dubé, connue pour le travail singulier qu’elle a effectué sur le chant de gorge inuit. Puis la jeune Lorry Hardel prend le relais, donnant corps à un féminin puissant, conquérant, en lutte avec ses doutes intérieurs. Ensuite, lorsque la brume se dissipe pour laisser place à la seconde partie, on passe d’un monde archaïque au monde d’aujourd’hui, avec une Penthésilée au croisement de l’animal, de l’homme et de la femme, portée par Seydou Boro. Accompagné par les créateurs Jérôme Castel, Grégoire Letouvet et par le chef de chœur Nikola Takov, un chœur de quatre comédiennes formées au chant lyrique fait entendre un répertoire pluriel, qui s’ouvre par un kaddish en araméen, suivi de partitions de Mozart, Haendel, Cristobal de Morales…

« L’écriture fait advenir un nous, qui interroge une possible réconciliation entre le féminin et le masculin. »

Comment envisagez-vous la relation entre Penthésilée et Achille ?

L.G. : Dans le mythe originel, Penthésilée et Achille connaissent une passion fulgurante née sur le champ de bataille aux portes de la mort. Une passion interdite pour la reine des Amazones, tribu guerrière exclusivement féminine. Sans lien avec une vision romantique, cette passion naît selon moi parce qu’ils se reconnaissent : ils sont deux héros guerriers égaux, deux egos dissidents qui ne sont pas aux ordres. Comme le montre l’évolution du personnage, Penthésilée est une figure ambivalente, qui fait face à ses contradictions intérieures, au conflit entre devoir et passion, à des décisions impossibles. Dans la seconde partie de la pièce, l’écriture plus oblique que frontale se transforme. Quasi dégenrée, elle fait advenir un nous, qui interroge une possible réconciliation entre le féminin et le masculin.

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Penthésilé•e•s Amazonomachie
du vendredi 6 mai 2022 au dimanche 22 mai 2022
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris

du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Tél. : 01 43 28 36 36. Durée : 1h35. Site : www.la-tempete.fr


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