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Avignon - Entretien Isabelle Starkier

L’Homme dans le plafond

L’Homme dans le plafond - Critique sortie Avignon / 2013 Avignon Collège de la Salle
photo: Isabelle Starkier

Collège de la Salle / L’Homme dans le plafond / de Timothy Daly / mes Isabelle Starkier

Publié le 26 juin 2013 - N° 211

Après l’émouvant et pétillant Bal de Kafka, Isabelle Starkier propose la création d’un autre texte de l’auteur australien Timothy Daly, L’Homme dans le plafond. Entre tragédie et cocasserie, une histoire vraie saugrenue et cruelle. 

« La pièce nous permet d’assister à cette descente sans bruit aux enfers de la bonne conscience – ou de l’inconscience… »

Que raconte cette pièce de l’auteur australien Timothy Daly ? Pourquoi avez-vous voulu la porter à la scène ?

Isabelle Starkier : Timothy Daly s’est attaché à un étrange fait divers. Un juif est caché par un couple d’allemands dans son grenier moyennant un bon loyer. Lorsque la guerre s’achève, ils le laissent enfermé dans sa totale ignorance de la libération, tant par intérêt que pour toute une série de raisons complexes que le théâtre permet de fouiller. Qu’est-ce qui pousse l’être humain à basculer dans la barbarie ordinaire ? Qu’est ce qui explique la « banalité du mal » ? Où commence la responsabilité : de celui qui ne veut pas voir à celui qui voit mais ne veut pas savoir, de celui qui sait à celui qui ne cherche pas à savoir ?

Quelles relations s’instaurent entre le Juif et le couple d’allemands qui l’héberge ?
Comment définissez-vous le rôle du narrateur ?

I. S. : Les relations humaines sont par définition ambiguës et c’est ce qui permet à l’homme de justifier l’injustifiable. La pièce nous permet d’assister à cette descente sans bruit aux enfers de la bonne conscience – ou de l’inconscience… Le narrateur est là pour mettre en scène les allers-retours entre le passé du passage à l’acte et le présent de l’auto-justification. Il interroge comme un psychanalyste, mène l’enquête au tribunal de l’Histoire et tire le fil invisible de l’accordéon qui ponctue les passages entre « flashbacks » et « interviews» des personnages.

Quelle scénographie avez-vous imaginée ?

I. S. : Je voulais un décor métaphorique entre ciel et terre, transpercé par des images d’archives – les premières qui s’imposent dans l’imaginaire d’une seconde guerre mondiale en noir et blanc. Jean-Pierre Benzekri a proposé un décor en équilibre, sur deux niveaux et sur deux plans, totalement ouvert et dévasté, où tout se joue dans la simultanéité, avec un fond d’images mentales plus qu’historiques qui racontent, sous les titres de chaque scène, non la réalité insaisissable de ce temps-là mais la vérité ou l’imaginaire de ce qui se déroule devant nous.
Cette pièce est-elle une exploration des thèmes de la responsabilité et de la banalité du mal ?

I. S. : La pièce articule très habilement ces quatre figures imbriquées : le mari qui profite jusqu’au bout d’une situation qu’il n’a « pas voulue » ; la femme qui garde le juif dans l’ignorance « malgré elle », parce qu’elle est aussi amoureuse que lâche ; la voisine qui jouit de la totale transgression que lui donne son impunité de nazie ; et le juif enfin, coincé dans son grenier, qui préfère s’évader dans les étoiles qu’il aperçoit par le trou du toit que de tenter de comprendre ce qui est en train de se passer sur terre, contribuant lui aussi à son enfermement. Tous ces personnages, au son de l’accordéon et de la radio, se livrent à la folle sarabande de l’Histoire qui recroise la leur, allant de situations cocasses et parfois vaudevillesques à de sublimes moments d’émotion et de poésie.

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

L’Homme dans le plafond
du Lundi 8 juillet 2013 au Mercredi 31 juillet 2013
Collège de la Salle
Place Pasteur, 84000 Avignon
Avignon Off. Collège de la Salle, Place Pasteur. Du 8 au 31 juillet à 15h40. Tél : 04 90 83 71 23.
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