La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Öper Öpis

Öper Öpis - Critique sortie Danse
Légende photo (crédit : Mario Del Curto) : Les drôles de propositions de corps de Zimmermman et de Perrot dans leur nouvelle création.

Publié le 10 février 2009

Quelqu’un, quelque chose… Tel est le titre de la nouvelle pièce du duo Zimmermann & de Perrot. Une pièce de groupe, qui pousse ses interprètes dans des situations instables, pour le corps comme pour l’esprit.

Le précédent Gaff Aff et son succès retentissant ont fait de cette nouvelle création une pièce très attendue au tournant… Reconnus pour développer un travail mêlant étroitement la danse, le cirque et la musique, Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot aiment créer des situations de corps qui portent d’emblée leur empreinte. Ainsi, là où Gaff Aff se dépêtrait dans des montagnes de carton, Öper Öpis utilise le bois comme matière première à ses élucubrations chorégraphiques. La scène s’ouvre sur une périlleuse installation de triangles de bois colorés, dont l’enchevêtrement millimétré rappelle les cascades de dominos de nos jeux d’enfants. Leur chute marque le premier rythme de la musique, et les platines ne cesseront dès lors de tourner, au son de cet univers en constant retournement. Car la précision avec laquelle doit être construite cette cascade n’est qu’accessoire face à la découverte d’un plateau de bois totalement bancal qui servira de scène aux cinq danseurs acrobates. Dans ce monde où le plancher des vaches n’est plus une réalité, l’instabilité fait sa loi. Vacillant de droite à gauche en ébranlant toute tentative de verticalité, le sol devient un adversaire propice à la création de circonstances très inconfortables… mais facétieuses. Zimmermann et de Perrot comptent également beaucoup sur la notion de personnages, d’états de corps, et de situations imaginaires pour asseoir ce nouveau monde : ainsi, on passe du bar à la boîte de nuit et à la salle de gym pour mieux parler de l’humain, en prise avec un univers qui lui échappe, qui glisse sans jamais se laisser contrôler.

Une drôle de fantaisie pour de drôles de gens

Cette joyeuse bande semble subir la perte de repères de cette société en décomposition sans vouloir interagir dessus, toute à ses problèmes liés au désir, à la solitude, au manque. Ce décalage se ressent également à travers le burlesque de chaque situation, l’humour clownesque peu subtil mais profondément assumé, ou les entrées forcément surprenantes et drôles. Les deux créateurs vont jusqu’à proposer un corps totalement décomplexé, grâce notamment aux propositions étonnantes de leurs interprètes. Mention spéciale à Eugénie Rebetez, danseuse tout autant que comédienne. La grâce côtoie la laideur ou la monstruosité à armes égales, le corps devient objet, la femme chaise ou tube. Les apparitions / disparitions, manipulations / perturbations rythment ce bric-à-brac inventif et drôle, dont les références ne cessent de nous hanter. Malgré la singularité de la démarche, on se revoit quelques années en arrière pour Comedia Tempio ou Le Cri du Caméléon de Josef Nadj. Une pièce où figurait, à l’époque, un certain Martin… Depuis, les univers se sont déliés, la théâtralité mieux développée, mais la filiation assurément exposée et assumée comme telle fait de ce spectacle une fantaisie sans frontière de genre.

Nathalie Yokel


Spectacle vu à sa création au Théâtre Vidy – Lausanne.

Öper Öpis de Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot, du 17 au 28 février à 20h30, le 21 à 15h, au Théâtre des Abbesses, 31 rue des Abbesses, 75018 Paris. Tel : 01 42 74 22 77.

A propos de l'événement

transdisciplinaire


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