La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien / Alain Platel

Nicht Schlafen

Nicht Schlafen - Critique sortie Danse Lyon Maison de la Danse
Crédit : D.R. Légende : Alain Platel

Région / Biennale de la Danse de Lyon / Maison de la Danse / Chor. et ms. Alain Platel

Publié le 24 août 2016 - N° 246

Alain Platel crée pour la Biennale de la danse de Lyon un spectacle avec neuf danseurs et la musique de Mahler en point d’orgue. Un nouvel opus qui s’annonce comme la sensation de la rentrée.

Votre création s’appelle Nicht Schlafen. Pourquoi ce titre ?

Alain Platel : On a cherché pendant longtemps. Je voulais un mot allemand, lié à l’atmosphère musicale de Mahler. Mais on tombait systématiquement sur des clichés. C’est en lisant les petites indications de Mahler sur ses partitions que j’ai découvert ce titre. Il était écrit « Nicht Schleppen », mais j’ai lu « Nicht Schlafen ». Cela peut être également interprété comme un appel au public évoquant l’esprit du temps dans lequel Malher a vécu mais aussi notre époque. Un monde plein de consternation et de turbulences. « Ne t’endors pas », comme « reste vigilant ».

Vous faites un parallèle entre le début du XXème siècle et notre époque. Pensez-vous vraiment qu’il existe une similitude entre les deux ?

A. P. : Oui. J’ai lu un livre de Philipp Blom, The Vertigo Years, sur les années 19O0-1914. Il décrit ce changement rapide où de nouveaux modes de vie apparaissent, les voitures, le cinéma, les premiers enregistrements. C’est la première fois que l’on pouvait réentendre des choses qu’on avait déjà entendues ! Tout cela a provoqué de nombreux bouleversements dans le monde occidental. Aujourd’hui, c’est par Internet que les choses ont changé profondément, au niveau de la vie sociale, politique, sexuelle. Je perçois donc une relation entre les deux. Ce qui ne veut pas dire que l’on va vivre cette même tragédie, cette vague de paix qui mène à la catastrophe.

Pourquoi avez-vous choisi la musique de Mahler ?

A. P. : Comme toujours, je suis guidé par mon intuition. Sa musique nous parle d’un monde qui s’éteint, d’un autre qui s’éveille, elle pressent les tragédies européennes imminentes et les drames à venir. Beaucoup d’éléments viennent des symphonies. Au départ, je refusais cette musique. Mais cela a été la même chose pour Wolf et Mozart ou C(h)ŒURS et Verdi. Elles contiennent une force énorme, qui demeure cachée pour ceux qui ne prennent pas le temps de l’écouter. Depuis, je suis devenu un fan absolu de Mahler.

Vous travaillez pour la première fois avec Berlinde De Bruyckere qui va créer le décor…

A. P. : J’adore son travail de plasticienne avec les chevaux depuis très longtemps. Pour Nicht Schlafen, elle crée une sculpture avec trois chevaux entourés d’une énorme couverture. Ce sont donc deux éléments prépondérants de son œuvre qui reviendront sur la scène. Elle a invité la troupe à venir voir le moulage des chevaux morts à l’université de Gand qui a une section vétérinaire. Ils ont pu les toucher, les manipuler avec elle. On a également visité un manège.

Vienne, le début du siècle, est-ce une période qui vous inspire particulièrement ?

A. P. : Oui, absolument. C’est une période révolutionnaire à de nombreux titres. Si l’on pense à la musique, c’est la même époque que Le Sacre du printemps. Le début de carrière de beaucoup d’artistes, Kokoschka, Klimt… Et bien sûr, pour l’Autriche c’est un moment capital dans l’histoire de l’Europe. La personnalité de Mahler, forte, troublée, est aussi une source d’inspiration, comme sa relation avec sa femme, Alma. La pièce mêle donc l’intime, le personnel, l’individu à ce qui se passe dans ce temps-là. Il y a aussi l’apparition de la psychologie, de la psychanalyse avec Freud qui est révolutionnaire et qui est présente dans toutes mes œuvres. Comme Egon Schiele aussi qui m’accompagne depuis toujours. Mais ma source d’inspiration première reste les danseurs.

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

A propos de l'événement

Nicht Schlafen
du Mardi 27 septembre 2016 au Mercredi 21 décembre 2016
Maison de la Danse
8 Avenue Jean Mermoz, 69008 Lyon-8E-Arrondissement, France

Biennale de la Danse de Lyon.


Les mar. 27 septembre à 20h30 et mer. 28 septembre à 19h30. Tél. : 04 27 46 65 65.


La Biennale en Région : Comédie de Saint-Etienne, 7 Avenue Président Emile Loubet, 42048 Saint-Étienne. Le 30 septembre à 20h. Tél. : 04 77 25 14 14. Espace André-Malraux, Place du Manège, 73000 Chambéry. Les 12 et 13 octobre à 19h30. Tél. : 04 79 85 55 43.


Egalement : Les 8, 9, 10 novembre au Maillon de Strasbourg, les 17, 18, 19 novembre à l’Opéra de Lille, les 29 et 30 novembre à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy, les 20 et 21 décembre à la Scène nationale du Sud-Aquitaine, Bayonne.


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