La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Nekrassov

Nekrassov - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : LOT Légende photo : Arsène Lupin chez les réacs.

Publié le 10 octobre 2007

Jean-Paul Tribout met en scène avec verve et humour Nekrassov, farce politique de Sartre sur le thème de la manipulation médiatique et idéologique. Une plaisante réussite !

Georges de Valéra, escroc mondain et dandy hâbleur, a pour projet de noyer sa banqueroute en Seine et de tromper une dernière fois les policiers lancés à ses trousses. C’est sans compter sur deux clochards philanthropes qui l’arrachent aux poissons et couvrent sa fuite. Valéra trouve refuge chez Véronique, journaliste progressiste qui vit avec son père, Sibilot, responsable de la rubrique anticommuniste d’un journal réactionnaire propagandiste. Le malheureux Sibilot, bonasse et vertueux, accepte le marché que lui propose Valéra : sauver à la fois sa peau et la place du folliculaire assermenté en lui offrant un faux scoop. Valéra devient Nekrassov, ministre soviétique passé à l’Ouest et dénonçant à longueur de confidences inventées les horreurs du stalinisme. Les portes claquent, les masques tombent, les revolvers pétaradent et Sartre s’amuse à citer Pascal en une espèce de cours de philosophie transformé en vaudeville rocambolesque : tous les ingrédients de l’efficacité sont réunis pour un suspense politico-rigolard fort bien troussé.
Heureuse alliance de la réflexion et du divertissement
 
Jean-Paul Tribout a choisi de ressusciter l’ambiance des années 50 : la bande-son, les costumes, les décors, le jeu plaisamment outré des comédiens évoquent au mieux l’hystérie des années de Guerre froide, guerre des nerfs et des ondes où les délires paranoïaques des forces en présence devenaient grotesques à force d’accusations chimériques. On sait les sympathies gauchistes de Sartre : même s’il prit ses distances avec le communisme après l’intervention soviétique en Hongrie, Nekrassov tourne trop bien en ridicule les thuriféraires du monde occidental pour n’y pas voir un éloge en creux des forces de progrès, appliquées à ne pas « désespérer Billancourt ». A cet égard, le propos est un peu daté. Mais la verve comique, que Tribout et les siens exploitent avec bonheur, permet de dépasser les circonstances historiques du conflit doctrinal, pour en faire une intéressante réflexion sur la question de l’engagement et sur celle de la manipulation médiatique que le monde actuel peut utiliser comme miroir de ses propres turpitudes idéologiques. Servi par une troupe de comédiens à l’abattage et à la force comique épatants, ce spectacle pétulant et drôle offre un vrai bon moment de théâtre populaire de qualité.
 
Catherine Robert


Nekrassov, de Jean-Paul Sartre ; mise en scène de Jean-Paul Tribout. Du 11 septembre au 27 octobre 2007. Mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20h30 ; jeudi à 19h ; matinée le samedi à 16h ; relâche dimanche et lundi. Théâtre 14 – Jean-Marie Serreau, 20, avenue Marc-Sangnier, 75014 Paris. Réservations au 01 45 45 49 77.

A propos de l'événement



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