La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

My Old Lady, des planches aux pavés parisiens

My Old Lady, des planches aux pavés parisiens - Critique sortie Théâtre Paris
Israel Horovitz © Jason Grow

Sortie Film / réalisation Israel Horovitz Entretien / Israel Horovitz

Publié le 18 avril 2015 - N° 232

A 75 ans, auteur de quelque soixante-dix pièces traduites et jouées dans le monde entier, Israel Horovitz relève un nouveau défi et adapte My old Lady (Ma chère Mathilde) pour le grand écran avec une pléiade de brillants acteurs. Intimiste, nuancée, drôle et acerbe à la fois, cette histoire de famille profondément émouvante est aussi… « a love letter to France ».

Pourquoi avoir voulu réaliser un film à partir de cette pièce ?

 Israel Horovitz : Lorsque j’ai créé cette pièce, j’ai voulu écrire une lettre d’amour à la France, c’est pourquoi j’ai imaginé cette situation impensable pour un Américain et particulière à la France de la vente en viager, qui permettait d’appréhender une réalité française à travers un regard américain. Le point de départ est en effet l’arrivée d’un Américain sans ressource, Mathias Gold, venu récupérer un héritage légué par son père : un très bel hôtel particulier dans le Marais qu’il souhaite revendre au plus vite, mais qui est occupé par une vieille dame et sa fille, Mathilde et Chloé Girard, depuis plus de quarante ans. Je me souviens avoir assisté à une représentation de ma pièce au Théâtre d’Art de Moscou, et réalisé alors que la France que j’aimais n’était pas présente sur le plateau. J’ai commencé à rêver, j’ai imaginé Mathias dans les rues de Paris ou au bord de la Seine, et j’ai souhaité créer un film à partir de la pièce. Je connais et j’aime Paris depuis cinquante ans, c’est à la Closerie des Lilas que j’ai rencontré Beckett, et Paris est devenu mon deuxième chez-moi. J’étais aussi très motivé par l’idée de me lancer dans quelque chose de nouveau et de différent, de stimulant et d’effrayant à la fois…

 « J’aime mêler la comédie et le drame, comme dans la vie. »

Qu’avez-vous changé pour le film ?

I.H. : La pièce met en scène trois personnages dans un même lieu. Pour le film, J’ai élargi l’intrigue et créé de nouveaux personnages, et j’ai fait de Paris un véritable personnage, représentant un Paris intimiste et sans cliché. Ma fille Rachael coproduit le film, et j’étais heureux de travailler avec elle. L’adaptation a nécessité beaucoup de temps, j’ai d’abord réduit l’histoire à une page résumant l’essentiel, puis j’ai réécrit à partir de ce canevas. Les mots ont émergé à nouveau, et j’ai dû couper afin de faire de la place aux nouveaux personnages. Je n’ai cependant pas eu peur de garder de longs discours, je me souviens des films de Bergman que je regardais beaucoup quand j’étais jeune et de discours de Liv Ullmann vraiment marquants. L’important pour moi, c’est de protéger l’émotion de la pièce. C’est la même histoire, et ce doit être la même émotion, dans une forme cinématographique classique. Et le film m’a aussi permis de reconsidérer la pièce. Au-delà des situations, sous la surface, des choses profondes sont en jeu et questionnent le rôle de l’amour et ses conséquences, dans les vies des adultes, et aussi dans celles des enfants, dans leur relation au monde et à eux-mêmes.

Comment avez-vous dirigé les acteurs ?

I.H. : Kevin Kline à qui j’ai proposé le rôle de Mathias, Maggie Smith en Mathilde, Kristin Scott Thomas en Chloé, Dominique Pinon, Noémie Lvovsky, Stéphane Freiss… Ce sont tous de très bons acteurs et tous des acteurs de théâtre, qui ont commencé à raconter des histoires de théâtre dès le début du tournage. J’avais peur qu’ils ne soient face à un mauvais metteur en scène ! J’éprouvais une telle appréhension que je me suis bien préparé, et  Michel Amathieu à l’image m’a beaucoup aidé par son savoir-faire. Nous avons tourné à la Manufacture des Gobelins, un endroit magnifique que nous avons aménagé à notre guise. Dans toutes mes pièces, j’aime mêler la comédie et le drame, comme dans la vie. C’est drôle et sérieux, profond et léger, et j’ai voulu dans le film préserver cet équilibre.

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

du Mercredi 6 mai 2015 au Lundi 14 octobre 2019


Zelig Films. Sortie le 6 mai 2015.


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