La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Music-hall

Music-hall - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Pascal Gely Légende photo : Fanny Ardant avec ses boys

Publié le 10 février 2009

Fanny Ardant joue à la comédienne de seconde zone. Sans vraiment convaincre dans une mise en scène qui alourdit le texte de Jean-Luc Lagarce.

« Lente et désinvolte »… C’est ainsi qu’elle entre en scène. Voudrait entrer. Sertie par le tendre galbe d’un satin vert, la démarche chaloupée sous la caresse d’une nonchalante fourrure. S’avancer sous le feu de regards, escortée par ses deux boys, cambrer la jambe pour s’asseoir sur un haut tabouret et serrer les cœurs dans l’étreinte douce d’une mélodie. « Ne me dis pas que tu m’adores, mais pense à moi de temps en temps »… Fredonner un air de Joséphine Baker. « La Fille » devrait venir comme ça. Sauf que le réel finit par écailler les illusions, à force. Dans Music-hall, pièce écrite en 1989, Jean-Luc Lagarce évoque la vie d’« artiste », ces « vérités pas toujours à dire mais défoulantes à entendre ». Puisant à l’encre noire du vécu, avec sa compagnie La Roulotte sans cesse en proie aux difficultés financières, il va fouiller derrière les strass dépolis, ternis à force de traîner dans des boîtes à chaussures. Ce soir donc, La Fille raconte les tournées, de salle des fêtes en local à majorette, de banlieue grise en village hostile. Soirée payée à la recette, de moins en moins, puis plus du tout. Parfois, faut même pas compter avoir un tabouret.
 
Pour l’amour du théâtre
 
Alors on fait semblant. Pour continuer. Pour exister. « Soyons souriante, lente et désinvolte » répète-t-elle à ses deux compères d’infortune. Alors on étouffe les rages amères derrière le sourire soyeux d’un costume, on enfouit la misère sous l’éclat de la poursuite et les larmes muettes sous le maquillage. On ferme les yeux sur quinze ans de vadrouille ballottés sur les chemins vicinaux, loin des check-in des aéroports internationaux, à s’imaginer en partance. « Qui peut le plus peut le moins ». Ça réconforte, hein ! face aux Goguenard des villes anciennes… Peut-être est-ce justement cela qui manque à la mise en scène de Lambert Wilson : la pudeur, le désarroi des soirs de doutes, l’odeur fade des rêves déçus, les rires de la bohème des routes. Et puis l’orgueil aussi, et l’espoir. Coûte que coûte. Il accuse au contraire le sordide, en ajoutant bruits de chiottes, détritus et lampées alcooliques, en fardant les boys (Eric Guérin et Francis Leplay) en pitres. Perruque blonde et robe flambant neuf, Fanny Ardant joue à la star déchue et déploie ses charmes. Elle peine pourtant à trouver la musique si singulière de l’écriture, qui vacille comme une ritournelle entêtée, un refrain étranglé… Tout cela chante faux.
 
Gwénola David


Music-hall, de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Lambert Wilson, jusqu’au 14 févier 2009, à 20h30, sauf samedi à 15h30 et 20h30, relâche dimanche et lundi, au Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, 75010 Paris. Rens. 01 46 07 34 50 et www.bouffesdunord.com.

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