Danse - Critique

Mitten wir im Leben sind / Bach6Cellosuiten

Mitten wir im Leben sind / Bach6Cellosuiten d'Anne Teresa De Keersmaeker. Crédit : Peter Hundert

Philharmonie de Paris / Chor. Anne Teresa De Keersmaeker

Accompagnée du violoncelliste Jean-Guihen Queyras et de quatre magnifiques danseurs, Anne Teresa De Keersmaeker retrouve pour Mitten wir im Leben sind / Bach6Cellosuiten Jean-Sébastien Bach. Une pièce dépouillée, sensible et virtuose.

Un plateau entièrement nu, dépouillé de coulisses, de fond de scène. Des cercles dessinés à même le sol, un tabouret. Jean-Guihen Queyras, éminent violoncelliste, s’y assoie dos au public pour entamer la première Suite. Un homme, de ses gestes maîtrisés, souples, lui donne la réplique. Il se laisse tomber sans fracas, entre abandon et retenue, tient un équilibre à l’horizontal, bras plié, corps tendu. De ses mouvements entre ciel et terre émane une force sereine. À chacune des Suites de Jean-Sébastien Bach est dédié un solo dansé par un interprète différent, fidèle de Rosas, en affinité avec les affects exprimés par le compositeur et son musicien. À la quiétude de Michaël Pomero répond la sensibilité délicate et introspective de Julien Monty, à la vivacité explosive de Marie Goudot, la danse passionnée, tragique, de Boštjan Antončič. Anne Teresa De Keersmaeker, quant à elle, lie entre elles les différentes scènes en les annonçant par le numéro de chaque Suite, accompagnant la fin des soli par sa danse, en contrepoint. Pour l’ultime et sixième, tous se retrouvent et interprètent une vibrante et lumineuse symphonie de mouvements.

Au cœur de la vie, nous sommes…

« Au cœur de la vie nous sommes entourés par la mort ». Ces mots, extraits d’un hymne médiéval traduit du latin par Luther et prononcés dans une cantate de Jean-Sébastien Bach, Anne Teresa De Keersmaeker les a lus pour la première fois sur la tombe de Pina Bausch. Retranchant les quatre derniers termes, laissant la question en suspens, elle a fait de cette phrase le titre d’une pièce qui navigue entre joie et douleur, finitude et transcendance. Aidée par Jean-Guihen Queyras, qui a largement participé à la création et occupe un rôle central sur scène, elle a attentivement étudié les 6 Suites pour violoncelle seul. À leur composition rigoureuse, mathématique, répond celle tout aussi minutieuse et brillante de la chorégraphie. De cette recherche formelle, est né un spectacle dont émanent une grâce, une impression de naturel et de liberté qui fascinent.

 

Delphine Baffour

A propos de l'événement

Mitten wir im Leben sind / Bach6Cellosuiten
du Samedi 17 novembre 2018 au Lundi 19 novembre 2018
Philharmonie de Paris
221 avenue Jean Jaurès, 75019 Paris

à 20h30. Tél. 01 44 84 44 84. Durée : 2h. Dans le cadre de la programmation de Théâtre de la Ville et du Festival d'Automne à Paris.


Spectacle vu à l'Opéra Comédie dans le cadre du festival Montpellier Danse.


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