La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Meurtre par omission

Meurtre par omission - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Photo Lot Légende photo : « Agathe Alexis et Anne de Broca : deux sœurs qui s’opposent sur la question de l’euthanasie. »

Publié le 10 décembre 2008

Sous la direction de Philippe Adrien, Agathe Alexis, Anne de Broca et Nicole Estrabeau interprètent Meurtre par omission, de Jean-Pierre Klein. Une pièce à thèses qui a du mal à « faire théâtre » d’une suite de ressentis sur la question de l’euthanasie.

Des trois sœurs présentes sur la scène du Théâtre de L’Atalante, deux seules parleront. Deux seules s’élanceront dans l’exposition d’émois intimes et contradictoires sur la question du choix de la vie ou de la mort, du droit ou du devoir moral d’abréger les souffrances d’un proche se sachant condamné — un père, en l’occurrence, qui a un jour décidé d’écourter son existence. La troisième (Claire, Nicole Estrabeau), plongée dans un coma aux causes indéterminées, restera silencieuse, ne pourra révéler à ses sœurs pourquoi et comment elle a aidé ce père malade à mettre fin à ses jours. Ainsi, au cours d’une veillée qui revisite la nature des relations familiales, les souvenirs, les tiraillements et les frustrations de l’enfance, Christine (l’aînée, Agathe Alexis) et Clémence (la benjamine, Anne de Broca) se succèdent au chevet de Claire, expliquant les raisons qui les font approuver ou désapprouver le soutien actif que cette dernière a apporté à leur père dans son projet de disparition. C’est donc une histoire d’éthique et de psychologie familiale que Jean-Pierre Klein nous dévoile. Une histoire qui ne parvient pas à ouvrir de nouvelles voies de réflexions sur la question de l’acharnement thérapeutique, du droit à la mort dans la dignité.

Droit à la mort vs devoir de vie                                                           
 
En effet, aucune espèce de creux, d’ombre, de jaillissement, d’équivoque ne se dessine derrière les déclarations et les aveux de Christine et de Clémence. Aucune portée dramaturgique n’apparaît au-delà des faits énoncés, des arguments et des sentiments affichés. Comme cousue de fils blancs, développant un double récit enfermé dans des dimensions purement narratives et psychologiques, la pièce de Jean-Pierre Klein nourrit les thématiques de l’euthanasie et des liens familiaux sans jamais réussir à faire naître une quelconque profondeur d’écriture. Et c’est là la principale pierre d’achoppement de ce projet théâtral. Car la mise en scène de Philippe Adrien, elle, évite le piège de l’emphase, des envolées dramatiques, pour privilégier une forme de pudeur, de sobriété dans l’expression des émotions. Agathe Alexis engendre même quelques beaux moments d’intériorité et de densité dramatique, Anne de Broca quelques beaux moments de sincérité. Mais ces efforts ne suffisent malheureusement pas à masquer les lacunes d’un texte lisse et convenu, un texte qui ne fait finalement qu’effleurer le sujet qu’il se propose d’investir.
 
Manuel Piolat Soleymat


Meurtre par omission, de Jean-Pierre Klein ; mise en scène de Philippe Adrien. Du 12 novembre au 11 décembre 2008. Du lundi au vendredi à 20h30, le samedi à 19h00, le dimanche à 17h00. Relâche le mardi. L’Atalante, 10, place Charles-Dullin, 75018 Paris. Réservations au 01 46 06 11 90.

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