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Danse - Critique

Merce Cunningham par le Ballet de l’Opéra de Lyon dans un fabuleux programme

Merce Cunningham par le Ballet de l’Opéra de Lyon dans un fabuleux programme - Critique sortie Danse Paris Théâtre du Châtelet
Crédit : Michel Cavalca Exchange de Merce Cunningham par le Ballet de l’Opéra de Lyon

Publié le 30 octobre 2019 - N° 281

A l’occasion de l’hommage rendu pour le centenaire de sa naissance à Merce Cunningham, le Ballet de l’Opéra de Lyon présente un fabuleux programme.

Malicieusement sous-titrée « Danse lyrique » en 1958, les danseurs de Summerspace évoluent comme en suspension, « comme les oiseaux se posent parfois puis reprennent leur vol ». Et effectivement, on devine dans les bras qui s’arrondissent au-dessus d’une jambe en équilibre le geste de quelque échassier, ou dans ces trajectoires qui survolent le plateau quelque battement d’aile oublié. Quant au lyrisme, bien sûr, la musique (Ixion) pour deux pianos de Morton Feldman donne un tour très atmosphérique à la composition de Cunningham, d’une difficulté hallucinante pour les danseurs. Ce qui donne à ceux du Ballet de l’Opéra de Lyon l’occasion de montrer leur maîtrise technique et leur hypervirtuosité. En voyant cette pièce solaire, dont la toile de fond et les costumes pointillistes et fauves de Robert Rauschenberg floutent les danseurs, on réalise soudain à quel point la danse Cunningham a inventé une danse plus légère que l’air. L’ensemble est miraculeux, merveilleux comme une tapisserie finement entrelacée.

Une danse plus légère que l’air

Exchange, créée vingt ans plus tard, est une pièce d’une complexité inouïe, découpée en trois parties, mais « qui n’a pas de fin ». Jasper Johns crée un fond de scène et des costumes aux couleurs « polluées » pour rappeler l’ambiance urbaine de New York, comme la musique de Tudor évoque les bruits d’une ville industrieuse. Si la chorégraphie d’Exchange est certainement moins difficile pour les danseurs que Summerspace, elle est beaucoup plus complexe dans ses principes de composition. C’est peut-être l’une des pièces où le principe d’Einstein revu par Cunningham (il n’y a pas de point fixe dans l’espace !) est le plus perceptible et le plus jouissif. La musique de David Tudor (Weatherings) évoque toutes sortes d’éléments dans une rythmique pressée implacable ; le décor, les lumières et les costumes de Jasper Johns, qui font de la suie une symphonie de gris et d’une toile presque uniforme un ciel plombé à heure changeante, sont tout à fait passionnants. On aura le plaisir de découvrir Scénario à Paris.

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Merce Cunningham par le Ballet de l’Opéra de Lyon dans un fabuleux programme
du Jeudi 14 novembre 2019 au Mercredi 20 novembre 2019
Théâtre du Châtelet
1, place du Châtelet, 75001 Paris

Du mardi au samedi 20h, dimanche 15h, relâche lundi. Tél. : 01 53 45 17 17. Durée : 2h20 avec entractes. Avec le Théâtre de la Ville, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Vu le 26 juin 2019 au Festival Montpellier Danse.


Egalement Points Communs, Nouvelle scène nationale Cergy-Pontoise / Val d’Oise, les  13 et 14 décembre dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.


 


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