La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Variation(s), création de Rachid Ouramdane

Variation(s), création de Rachid Ouramdane - Critique sortie Danse
Crédit : Patrick Imbert Variation(s) de Rachid Ouramdane (en répétition)

En tournée / Chor. Rachid Ouramdane

Publié le 30 octobre 2019 - N° 281

Variation(s), création de Rachid Ouramdane, nous livre deux portraits : celui de Ruben Sanchez, danseur de claquettes d’exception, et celui d’Annie Hanauer. Deux collaborateurs de longue date du chorégraphe.

Dans Variation(s) tout commence par un plateau nu, juste un rectangle de plancher sonorisé, un rythme, des pas. Ceux du claquettiste Ruben Sanchez. Très simples. Très maîtrisés. Peu à peu, la frappe insiste. Se fait rageuse, comme pour conjurer ce contrôle, bourdon obstiné d’une cadence imposée, avant de partir dans des modulations imprévues, des glissandos de folie, ou un swing soudain reconnaissable, routine de comédie musicale qui revient, entêtée. Après quelques coups discrets de la contrebasse, le piano, dans sa splendeur percussive, fait son entrée en dialogue avec lui. Arrivent alors toutes sortes de variations, venant échafauder comme un récit, ou une traversée, en tout cas une danse à son image, avec ses réminiscences et ses « repentirs » comme autant de biffures, qui font la griffe du danseur. Quelques frappes flamenquistes, d’autres entre shuffle et gigue, et même trois pas de Lindy Hop, et un soupçon de stepping, avec ses frappes de main qui épousent tout le corps, nous racontent une histoire à coup de rythmes et de pulsations. Puis retour au calme et au rythme initial. Rideau. Ou plutôt noir, avec descente de loupiottes inquisitrices qui semblent scruter le spectateur.

Du rythme à la mélodie

Annie Hanauer, en deuxième partie, reprend d’une certaine façon le solo là où Ruben l’avait laissé. En suspens. Avec sa musicalité subtile, Annie Hanauer recommence à énoncer la base d’un lexique, mais qui est le sien : ses bras qui se lèvent, son corps qui se tord, son dos qui ondule. Comme Ruben, elle part d’un rythme simple et obsédant, peut-être le même, mais pris dans la fluidité d’une mélodie, cette fois, qui correspond à sa danse, à sa personnalité. Il y a une sorte de silence au sein même de son mouvement avec lequel entre en résonance la musique de Jean-Baptiste Julien, et qui permet à son corps d’occuper tout l’espace. Un peu à la manière de Trisha Brown et de ses « accumulations », la gestuelle se complexifie et s’accélère, avec des passages au sol époustouflants.        Dans un continuum mobile où le temps semble se dissoudre, se déploient fantôme et mécanique du corps humain. Les lumières de Stéphane Graillot ajoutent à la beauté réflexive de cette création signée Rachid Ouramdane, jouant sur les contre-jours et les dédoublements de silhouette, les clairs-obscurs, les ombres colorées, qui se répètent ingénieusement d’une partie à l’autre. C’est un spectacle à ne pas manquer, dans lequel abstraction et émotion se conjuguent à la croisée du geste dansé.

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Variation(s), création de Rachid Ouramdane


En tournée.


Le 5 décembre au Lux à Valence,


du 11 au 13 à la MC2: Grenoble,


le 1er avril à MA Scène nationale de Montbéliard - Bains Douches,


du 23 au 27 juin au Théâtre de la Ville / Théâtre des Abbesses – Paris.


Vu à la création à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy le 9 octobre 2019.


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