La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien

Marion Lévy

Marion Lévy - Critique sortie Danse

Publié le 10 novembre 2010

En somme !

Marion Lévy ne dort pas. D’un trouble quotidien, elle a imaginé un spectacle en collaboration avec l’auteur Fabrice Melquiot. Un voyage comme un rêve, propice à l’abandon…

La thématique du spectacle est pour chacun très évocatrice. Mais comment avez-vous imaginé son potentiel artistique ?
 
Marion Lévy : C’est en écoutant les médecins, qui m’ont raconté les symptômes des troubles du sommeil, et leur manifestations physiques : la cataplexie, les chutes, la narcolepsie, les apnées du sommeil, le syndrome des jambes sans repos… J’ai essayé de transposer cela en mouvements, à partir des termes scientifiques. Il s’agissait de voir comment je pouvais les digérer et les restituer avec mon métier.
 
Après ce travail de corps, pourquoi avoir fait appel à un auteur ?
 
M. L. : Depuis très longtemps je travaille avec des metteurs en scène de théâtre. Il m’a semblé assez évident d’associer un auteur, pour transformer cette matière scientifique dont je m’abreuvais en matière poétique. Fabrice Melquiot a d’abord commencé à m’envoyer des textes. Mais assez vite il a eu envie de travailler différemment – sans répondre à une commande sur la narcolepsie ou la cataplexie -, désirant que le texte naisse des corps. On s’est donc mis ensemble en studio. Son texte est sorti de nos mouvements.
 
Comment utilisez-vous cette matière sur scène ?
 
M. L. : Le spectacle commence par une conférence scientifique. Petit à petit il va de plus en plus dans le corps, comme vers la nuit profonde, les cauchemars, et la part d’animalité qui peut surgir. Il y a trois danseurs et deux comédiens, dont l’un est zoomorphe, et j’avais envie que tous mes personnages se transforment, évoluent tout au long du spectacle. J’ai essayé de faire se rencontrer la musicalité du mouvement et la musicalité du texte : parfois le texte est dit en dansant, ou bien seul, ou projeté… Cela commence comme au théâtre, puis le texte rentre dans les corps, ou le texte est expulsé des corps.
 
« Cela commence comme au théâtre, puis le texte rentre dans les corps, ou le texte est expulsé des corps. »
 
 
Cela traduit-il quelque chose de votre parcours, où s’éloigne-t-on, avec ces projections imaginaires, de l’autobiographie ?
 
M. L. : En traversant d’autres corps que le mien, ça s’est transformé. Avec eux, j’ai ouvert d’autres portes. Il y a eu une souffrance pour moi, mais depuis le spectacle, je dors beaucoup mieux ! On ressent de la difficulté, mais aussi du plaisir à s’allonger dans un grand lit, avec toute la douceur du duvet, de la couette. La scénographie invite à cela, et petit à petit, les mouvements sont contaminés par le décor. De la dureté on passe à l’abandon. C’est la rencontre du très intime et du commun, du singulier et du pluriel. On a une relation très intime et très personnelle avec son sommeil, et en même temps c’est ce qui nous réunit tous. Dans le spectacle on trouve des moments de solitude et des moments où tout le monde est rassemblé dans quelque chose de commun.
 
Propos recueillis par Nathalie Yokel


En somme ! de Marion Lévy, du 12 au 20 novembre à 20h30, le dimanche à 16h, relâche le lundi, au Monfort Théâtre, parc Georges Brassens, 106 rue Brançion, 75015 Paris. Tel : 01 56 08 33 88.

A propos de l'événement



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