La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Mario Gonzalez et Christophe Patty

Mario Gonzalez et Christophe Patty - Critique sortie Théâtre
Légende Marion Gonzalez et Christophe Patty.

Publié le 10 mai 2011 - N° 188

Le masque : quand on se cache, on fait de grandes choses !

Acteur, metteur en scène et professeur de masque au Conservatoire, Mario Gonzalez fait partie de Collectif Masque, tout comme Christophe Patty, qui fut son élève avant de devenir acteur et professeur de jeu masqué au Conservatoire. Mai des Masques au théâtre de l’Epée de Bois présente à l’initiative de Collectif Masque six pièces masquées, dont trois créations.

Avez-vous toujours voulu jouer masqué ?
 
Mario Gonzalez : Oui, et d’autant plus qu’à mes débuts je ne voulais pas que ma famille sache que je travaillais dans le théâtre. J’avais même un pseudonyme pour rester incognito. J’ai donc joué masqué par survie puis je me suis rendu compte que j’avais trouvé ma voie sans le vouloir. Le masque permet de jouer la comédie ou la tragédie, et c’est seulement quand on l’expérimente qu’on comprend que c’est une expérience énorme, insondable. 
 
Christophe Patty : Quand je suis arrivé à Paris, je suis allé assister à un cours que donnait Mario au Conservatoire. Je n’avais pas lu beaucoup de théâtre, et j’ai été littéralement fasciné par ce que je voyais, par la manière dont les comédiens jouaient pour le public. J’ai voulu jouer comme ça moi aussi. On ressent un réel plaisir à voir que les gens voient quelqu’un d’autre que nous-mêmes.
 
Quelles sont les spécificités du jeu masqué ?
 
M. G. :   Jouer masqué nécessite un apprentissage rigoureux pour arriver à focaliser l’attention, pour travailler avec le public directement. Les règles à suivre et les contraintes nombreuses sont plus précises que pour un comédien non masqué. Pour nous masqués le quatrième mur n’existe pas. On ne peut jouer masqué et prendre conscience de la force de son jeu sans pratique avec un vrai public. La rigueur imposée par le jeu masqué devient un plaisir qu’on ne soupçonnerait même pas, si ces règles n’existaient pas. Comme une langue différente, le masque est un traducteur de ce que le comédien est censé dire au public. 
 
 « La rigueur imposée par le jeu masqué devient un plaisir. » Mario Gonzalez
 
C. P. : Le masque est en relation directe avec le public. L’acteur qui joue masqué joue pour quelqu’un du public qui devient son partenaire. Il implique le public à l’intérieur de son aventure, il le fait participer à sa propre fable. 
 
Qui sont les membres de Collectif Masque  ?
 
C. P. : Nous sommes un noyau de quatre personnes – Mario Gonzalez, Mariana Araoz, Etienne Champion et moi-même – , mais tous les gens qui participent à Mai des masques forment une espèce de tribu. Le masque nous fédère. Nous avons collaboré sur divers spectacles, et tous travaillent sur le masque de manière ponctuelle ou permanente. Mai des masques est la possibilité de rassembler cinq compagnies à travers un événement qui représente le masque dans différents styles d’écriture, où se combinent héâtre de tréteaux, répertoire classique, opérette, conte, écriture contemporaine et improvisation. Le spectacle de Mario, Le tour de chant de Monsieur Pantalone, est bâti sur l’improvisation induite par le public, tandis que Don Juan impuni revisite un texte classique. Mis à part cette dernière pièce, le personnage est le point de départ de presque la totalité des spectacles.  
 
Dans les spectacles présentés à l’Epée de Bois, le masque est-il donc à la source de la création tout entière ? 
 
M. G. : Absolument, et c’est pour ça que l’événement a lieu !
Le masque nous passionne et passionne aussi certains jeunes du Conservatoire qui ont les mêmes envies, auxquels nous avons transmis énormément de choses.
 
C. P. : Pour Boire et Déboire, les Dithyrambes de la Ménadepar exemple, Etienne Champion a créé des masques ainsi qu’une idée de corps et nous avons travaillé sur les personnages et leur langage, ensuite à partir de ces matériaux la dramaturgie s’est construite et un auteur, Yves Javault, a développé une histoire, créée pour ce spectacle. Le personnage bâtit son existence de manière intrinsèque hors du contexte de la fiction, pour ensuite intégrer l’histoire. Ces personnages, nous les découvrons et on n’en fait jamais le tour, ils nous réservent des surprises. En cela la représentation constitue un espace de découverte et la rencontre avec le public fait bouger les choses. Rien n’est figé.

Propos recueillis par Agnès Santi 


Mai des Masques, du 3 au 29 mai, au Théâtre de l’Epée de Bois, Cartoucherie, 75012 Paris. Tél :  01 48 08 39 74.

A propos de l'événement



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