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Après une première version créée en 2012, le metteur en scène Marc Paquien recrée la pièce de Beckett. Un nouveau regard, une expérience de redécouverte, pour les artistes autant que pour le public. Avec à nouveau l’excellente comédienne Catherine Frot dans le rôle de Winnie.
Pour quelles raisons avez-vous voulu recréer cette pièce ?
Marc Paquien : C’est un texte qui ne m’a jamais quitté. Une fois qu’on a entendu Beckett, qu’on l’a expérimenté, je crois qu’on a toujours envie d’y revenir, parce qu’il y a dans son écriture quelque chose qui est, profondément, de l’ordre du vivant. Et comme les chefs d’orchestre qui abordent infiniment la même œuvre, les metteurs en scène peuvent imaginer une nouvelle interprétation. Je remets donc l’ouvrage sur l’établi, nourri par le travail précédent, mais avec un regard autre. Comme l’exprime Italo Calvino, « un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire ». Dans la pleine force du présent Catherine Frot reprend le rôle de Winnie, joyeuse, mélancolique, implacablement lucide. À ses côtés Pierre Banderet incarne à nouveau Willie.
Quelle scénographie avez-vous envisagée pour cette nouvelle mise en scène ?
M.P. : : J’aimais beaucoup le décor réalisé en 2012 par Gérard Didier, comme une roche rongée par les vagues. Nous avons connu tant de versions du mamelon de terre qui enserre Winnie, que j’ai voulu pour cette recréation proposer un geste radicalement autre, un geste qui surprenne. J’ai appelé Richard Peduzzi, peintre, designer, scénographe de théâtre et d’opéra, qui a travaillé pour Patrice Chéreau, Luc Bondy, et qui n’avait pas créé pour la scène depuis des années. Il a accepté pour ce projet de concevoir à nouveau un décor pour le théâtre. L’univers de Richard, c’est un univers de rêves, de secrets, de mystères. Il a inventé un décor abstrait, poétique, plus doux, plus flottant que la première fois, où ciel et terre se confondent. Avec Dominique Bruguière pour les lumières, déjà présente dans la version précédente, nous avons fabriqué un rêve commun.
Quel est votre regard sur le rôle de Winnie ? A-t-il changé ?
M.P. : La pièce est un extraordinaire manifeste de la puissance de la vie. Il est très émouvant que Beckett ait choisi un personnage féminin pour incarner ce désir du vivant. Lors de ma première mise en scène, je n’avais pas à ce point conscience de cette présence absolue du féminin. « J’ai pensé qu’il n’y avait qu’une femme pour faire face à cette situation et sombrer en chantant» remarqua Beckett. On sait d’ailleurs que le modèle du sac de Winnie est celui de sa femme, partenaire d’une vie. Winnie est au centre de la scène, prisonnière de son immobilité, et jusqu’au dernier instant, elle veut vivre, elle fait face, elle se tient. Ce qu’elle exprime, c’est notre manière d’être au monde, entre une joie indescriptible, instantanée, et des bouffées de désespoir. À travers son flot de paroles, soliloque obstiné qui s’élève contre la peur de la mort, contre le silence final qui fige le temps, Beckett nous transmet de façon sidérante ce que signifie notre humaine condition. Je suis émerveillé de cette matière poétique, si touchante, où se mêlent drôlerie, accents tragiques et vertige du sens.
Propos recueillis par Agnès Santi
mercredi et jeudi à 20h, vendredi à 21h, samedi à 16h et 21h (selon calendrier), dimanche à 15h. Tél : 01 42 96 92 32.
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