La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Lulu

Lulu - Critique sortie Théâtre
Crédit Photo : Elizabeth Carecchio Légende : « Chloé Réjon (Lulu) et Claude Duparfait (La Comtesse Von Geschwitz) dans Lulu, de Frank Wedekind. »

Publié le 10 décembre 2010

Le directeur du Théâtre national de la Colline donne corps à l’un de ses vieux rêves de théâtre : mettre en scène Lulu de Frank Wedekind. Au centre d’un spectacle qui ne parvient pas à convaincre, Chloé Réjon incarne une Lulu sans aspérité.

Il s’agit de l’un des rôles mythiques du répertoire allemand. Lulu, personnage-titre de la « tragédie à faire frémir » écrite en 1894 par Frank Wedekind (une « version définitive » verra le jour en 1913, mais c’est le « texte primitif » que Stéphane Braunschweig a choisi de mettre en scène). Lulu, mi-femme enfant, mi-femme fatale immortalisée par Louise Brooks dans le film de Georg Wilhelm Pabst en 1929 et par l’opéra que composa Alban Berg dans les années 1930. Une figure de femme maltraitée, profondément ambivalente, femme à l’innocence bafouée qui fut modelée, dès l’enfance, par les désirs et les fantasmes des hommes qui traversèrent sa vie. Rôle complexe s’il en est, Lulu navigue dans les eaux troubles et dangereuses de la fascination érotique, de la candeur, de la manipulation, du grotesque, de la tragédie. Des eaux dans les courants desquelles le directeur du Théâtre national de la Colline n’a pas réussi à diriger ses comédiens, peinant à faire apparaître le cœur transgressif de la pièce de Wedekind.
 
Un spectacle sans tension
 
C’est en effet une version de Lulu bien sage que présente Stéphane Braunschweig sur le grand plateau du Théâtre national de la Colline. Une version sans venin, sans tension, qui tourne sur elle-même (la scénographie utilise une tournette) sans parvenir à éclairer les instabilités intimes et les contradictions de Lulu. S’appuyant sur une esthétique contemporaine de laquelle émergent des références assez convenues aux années 1980, le metteur en scène a souhaité se démarquer de l’image de femme fatale qui colle à la peau de ce personnage pour donner naissance à un être joueur et instinctif. Ce parti-pris échoue. Entourée de douze comédiens, parmi lesquels seul John Arnold réussit à s’imposer (dans le rôle de Schigolch, le père souteneur et incestueux de Lulu), Chloé Réjon ne trouve pas le relief, la densité, la dangerosité nécessaires à l’incarnation de son rôle. « Cette asphyxie de l’âme, c’est impossible » s’écrie Edouard Schwarz, en parlant de Lulu. C’est, en quelque sorte, ce genre d’asphyxie que l’on devrait, par moments, ressentir face à la toxicité de cette pièce. Mais l’air, ici, ne vient jamais à manquer. Les quatre heures de ce spectacle passent sans engendrer la moindre sensation d’inconfort.
 
Manuel Piolat Soleymat


Lulu, une tragédie-monstre, de Frank Wedekind (le théâtre complet de Frank Wedekind est publié par les éditions Théâtrales/Maison Antoine-Vitez) ; mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig. Du 4 novembre au 23 décembre 2010. Les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 19h30, les dimanches à 15h30 (relâche les lundis et jeudis, sauf les jeudis 4 novembre et 23 décembre). Théâtre national de la Colline, 15, rue Malte-Brun, 75020 Paris. Tél : 01 44 62 52 52. Durée : 4h avec entracte.
En tournée du 7 au 13 janvier 2011 à la MC2 Grenoble, du 19 au 22 janvier au Grand T à Nantes, du 27 au 30 janvier au Théâtre national de Toulouse.

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