« Il nous restera la musique », spectacle musical par Émilie Dautricourt et Grégory Mariscal
Un dialogue intime en paroles et musiques [...]
Avec finesse, précision et sensibilité, Louve Reiniche-Larroche porte les voix de tous les protagonistes d’une famille ébranlée par la soudaine surdité de la mère. Conçue avec Tal Reuveny, la partition sensorielle qui allie de manière très inventive le visuel et le sonore touche profondément.
Comment faire théâtre d’une perte ? D’un basculement radical qui efface les repères, qui transforme les relations, qui crée une grande peine ? Que se passe-t-il lorsqu’on n’entend plus, brutalement enserré par le silence ? Lorsqu’on n’est plus entendu ? À partir d’un drame réel, la soudaine surdité qui à l’automne 2017 frappe la mère de la comédienne Louve Reiniche-Larroche, la pièce réussit de manière remarquablement signifiante et précise à exprimer les bouleversements qui saisissent la famille. Sans pathos, avec poésie, humour et empathie, la pièce embrasse la vérité des êtres grâce à une partition théâtrale particulièrement inventive, qui mobilise et allie brillamment le sonore et le visuel.
Une perte « tragiquement comique »
La comédienne, qui a mené l’enquête en interrogeant les membres de sa famille, réussit à les incarner avec une sidérante justesse : non seulement leurs paroles enregistrées l’habitent au fil d’un play-back millimétré, impressionnant de précision, mais son corps et son visage participent aussi à leur caractérisation avec une finesse et une maîtrise de chaque instant. La petite-fille Ava de 5 ans, le grand-père dans sa chaise roulante, la grand-mère, le frère, la belle-sœur… ainsi que la mère et la fille, qui questionne et écoute. Tous prennent vie de manière singulière et sensorielle, tous réagissent à « l’événement » qui a frappé le pilier de la famille. Une psychanalyste qui perd l’audition, c’est « tragiquement comique », confie la mère. Et justement, ce tragiquement comique est très habilement traduit dans la mise en scène comme dans le jeu. La partition chemine, rebondit, se métamorphose. Il y a quelque chose de très beau et de très émouvant à faire théâtre de cette histoire de cette brutale surdité : la création célèbre ici le théâtre comme possibilité sensible et profonde de communication entre les êtres, façonnée par un savoir-faire patient, que l’on admire avec nos yeux, nos oreilles et nos cœurs !
Agnès Santi
à 12h10. Relâche les 8 et 15 juillet. Tél : 04 90 82 39 06. Durée : 1h.
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