La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Propos recueillis

L’occupation

L’occupation - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de l’Oeuvre
Le metteur en scène Pierre Pradinas Crédit photo : D.R

d’Annie Ernaux / mes Pierre Pradinas

Mise en scène par Pierre Pradinas, Romane Bohringer incarne cette femme habitée par une jalousie obsessionnelle, dont Annie Ernaux fait le portrait dans L’occupation. Un texte qui occupe une place singulière dans l’œuvre de la romancière, pour lequel le metteur en scène a eu un véritable coup de cœur.

« J’ai découvert l’œuvre d’Annie Ernaux il y a deux ou trois ans. Un conseil de lecture qui m’a notamment été donné par des femmes. J’ai commencé par lire Les Années puis La Place mais sans intention dramatique. Pour le plaisir. Par ailleurs, nous discutions depuis quelque temps avec Romane de l’opportunité de poursuivre notre collaboration dans un registre encore inédit pour nous, comme un seule en scène ; un spectacle qui prendrait également la forme d’un portrait de femme. Et là je lis L’occupation. Je le lis d’une traite, absolument étonné par la capacité de ce texte à maintenir quelque chose d’haletant. C’est une folle enquête, minutieuse, systématique, que nous suivons au fil des minutes comme un thriller amoureux. La force de ce récit tient aussi à sa capacité à nous faire entrer en empathie avec cette femme de quarante ans entrée dans une passion jalouse virant à l’obsession. Nous partageons ses craintes, son ironie mordante, son langage cru, ses audaces et ses faiblesses qui la rendent bouleversante et drôle. Le récit est aussi à la lisière du fantastique quand cette femme aux accents shakespeariens, « habitée par ce monstre aux yeux verts qui produit l’aliment dont il se nourrit », la jalousie, s’échappe du réel comme maraboutée, à la recherche de sa « rivale » aux mille visages.

Une mise en scène sobre et suggestive

J’ai immédiatement compris que je tenais le texte qu’avec Romane nous cherchions. Elle est l’actrice rêvée pour le porter à la scène. Dans le jeu de Romane, avec qui j’adore travailler, il y a tant de nuances, de virtuosité. Et de sincérité. Avec cet écrit éblouissant en main, elle, qui, pour la première fois, se retrouve seule en scène à jouer, exprime toutes les facettes de sa personnalité et montre la maîtrise de son art. Au micro sur pied, où dans d’autres postures requises par la mise en scène, elle est accompagnée par un dispositif scénique très sobre, co-signé par Orazio Trotta et Simon Pradinas, qui prend vie en sa présence. La musique originale, œuvre du compositeur Christophe « disco » Minck avec lequel je collabore également depuis longtemps, tient une place fondamentale. Avec son petit piano droit qu’il utilise à sa façon, Christophe instaure un dialogue avec le personnage. L’image aussi sera présente. Des images métaphoriques, abstraites, suggérant les mouvements intimes, les états d’âme fiévreux, l’inconscient de cette femme qui déclare être « occupée », « au double sens du terme ». 

 

 

Propos recueillis par Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens

A propos de l'événement

L’occupation
du Jeudi 4 octobre 2018 au Dimanche 2 décembre 2018
Théâtre de l’Oeuvre
55, rue de Clichy, 75009 Paris.

Du jeudi au samedi à 19h, les dimanches à 17h30. Tél : 01 44 53 88 88.


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