La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

L’Ile des esclaves

L’Ile des esclaves - Critique sortie Théâtre Paris Studio-Théâtre de la Comédie-Française
Iphicrate et Euphrosine, corrigés par leurs esclaves. Crédit photo : Cosimo Mirco Magliocca

Studio-Théâtre de la Comédie-Française / de Marivaux / mes Benjamin Jungers

Publié le 27 mars 2014 - N° 219

Benjamin Jungers met en scène L’Ile des esclaves dans l’écrin du Studio-Théâtre de la Comédie-Française. Une miniature sans intérêt véritable, sinon la belle composition de Jennifer Decker.

Après le naufrage de leur bateau sur les rives de l’île où d’anciens esclaves d’Athènes ont organisé une société nouvelle où l’égalité fait loi, Arlequin et Cléanthis découvrent les joies du retournement social et Iphicrate et Euphrosine ses déboires. Trivelin (Nâzim Boudjenah), citoyen de l’île et grand maître de la révolution morale, entend corriger les manières tyranniques des deux aristocrates, en offrant à leurs domestiques l’occasion et le soin de jouer les maîtres à leur tour. L’Ile des esclaves explore un des thèmes récurrents du théâtre de Marivaux : celui de l’échange des costumes sociaux pour mesurer le caractère accidentel de la fortune qui a fait les uns grands et les autres misérables. La pièce étant fort connue, la gageure était d’en renouveler la lecture. Benjamin Jungers s’y essaie, mais peine à convaincre. La pièce est entravée par un choix d’interprétation qui transforme Iphicrate et Euphrosine en poissons morts, corps flasques, bouches ouvertes et yeux écarquillés, comme s’ils ne se remettaient pas du naufrage. Ce parti pris rend la mise en scène assez pesante.

Lumineuse Cléanthis

Catherine Sauval et Stéphane Varupenne étant ainsi corsetés par les choix de la direction d’acteurs, toute la lumière se porte sur Jérémy Lopez, truculent et sympathique Arlequin, et surtout sur Jennifer Decker, récemment entrée à la Comédie-Française. La jeune comédienne campe une Cléanthis écorchée vive. Sorte de jeune chat avide de jouer avec la souris défaite qu’est devenue sa maîtresse, mutine, mais aussi colérique, Jennifer Decker est poignante de vérité et bouleversante de justesse dans les plaintes de l’esclave racontant les cruautés et les minauderies d’Euphrosine. Très belle composition que cette Cléanthis dont le bon cœur peine à surmonter la frustration et l’humiliation d’avoir été la suivante d’une si vilaine âme. Et si Marivaux confie le meilleur rôle au valet, prompt à pardonner et lucide connaisseur du jeu social, Jennifer Decker parvient à donner une profondeur passionnante à la jeune esclave que l’on pousse à l’amnistie. Cette intéressante proposition mise à part, l’ensemble compose un spectacle qui demeure assez plat, sans originalité véritable ni découverte nouvelle.

Catherine Robert

A propos de l'événement

L’Ile des esclaves
du Jeudi 6 mars 2014 au Dimanche 13 avril 2014
Studio-Théâtre de la Comédie-Française
99 Rue de Rivoli, 75001 Paris, France

Du 6 mars 2014 au 13 avril 2014  Tél. : 01 44 58 98 58. Durée : 1h.


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