La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Une femme

Une femme - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre national de la Colline.
Une Femme ©E. Carrecchio

La Colline / de Philippe Minyana / mes Marcial Di Fonzo Bo

Publié le 27 mars 2014 - N° 219

Marcial Di Fonzo Bo crée Une femme, de Philippe Minyana, variation humorale sur l’amour et la mort. Un théâtre hypnotique et vertigineux ; une tragédie grotesque, servie par des comédiens fascinants.

Philippe Minyana fait référence aux tableaux de James Ensor, où « les créatures peintes pleurent, grimacent et rient à la fois », pour caractériser le comique mâtiné d’angoisse d’Une femme. Son écriture y « navigue entre les genres », composant une pièce hybride, à la fois prosaïque et sophistiquée. Après La Petite dans la forêt profonde, Une femme est le deuxième texte que Philippe Minyana a composé à l’intention de « sa petite communauté », autour du metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo et de la comédienne Catherine Hiegel, qui interprète avec éclat Elisabeth, pivot de cette variation sur l’amour et la mort, scandée par l’expression de leurs humeurs. Le pus, la merde, les larmes, la sueur, le fiel des reproches et le sperme d’une masturbation ultime ou d’un coït refusé : les corps révèlent les rapports entre les êtres de cette fantasque famille, dont les membres semblent avoir renoncé au carcan du surmoi. Avec une cruauté jubilatoire, tout se dit de la vérité des relations, et Elisabeth, au seuil de la mort, règle allègrement ses comptes, comme si l’ultime rendez-vous lui permettait de ne plus avoir à composer avec l’égoïsme des autres.

Ça parle dans l’Autre…

La scénographie et les lumières (magnifique travail d’Yves Bernard) campent un décor sylvestre autour de la chambre et du lit d’Elisabeth, qui se transforment en tous les lieux d’agonie de ses proches. La couche où meurt le père indigne, celle où s’éteint l’amie, mais aussi la cuisine que le fils vient tremper de sa sueur hystérique, le sol où s’effondre le mari détestable : les arbres s’abattent sur la scène où la mort est à l’œuvre, pendant que, dehors, continuent la vie et la fête. Elisabeth va de trépas en trépas, comme pour répéter le sien, accompagnée par Madame Paul (génial Raoul Fernandez), figure de la mort ou du temps, inquiétante et rassurante à la fois, mystérieuse et triviale. Les comédiens sont tous habités par une puissance extraordinaire, et, entre tous, Laurent Poitrenaux est sidérant et époustouflant dans les rôles du père et du fils. Catherine Hiegel règne en maîtresse, entre râles et déclins, souverainement drôle et impérialement émouvante. La mise en scène sert le texte en le sublimant, et l’alliance des créateurs compose un ensemble captivant, qui autorise toutes les projections, renvoyant chacun à son propre rapport aux autres et à la mort.

Catherine Robert

A propos de l'événement

Une femme
du Jeudi 20 mars 2014 au Vendredi 20 mars 2015
Théâtre national de la Colline.
15 Rue Malte Brun, 75020 Paris, France

Du 20 mars au 5 avril et du 9 avril au 17 avril 2014. Du mercredi au samedi à 21h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h. Tél. : 01 44 62 52 52. Durée : 1h30. Du 23 au 25 avril à La Comédie de Saint-Etienne, puis tournée en France jusqu’en mars 2015.


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