La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

L’Habilleur

L’Habilleur - Critique sortie Théâtre
Pas de © Superbe interprétation de Laurent Terzieff dans le rôle du Maître, acteur puisant dans ses dernières forces pour jouer Lear.

Publié le 10 avril 2009

Une mise en scène pleinement réussie de Laurent Terzieff qui célèbre l’art de la scène à travers un excellent texte, drôle et captivant.

De Shakespeare à Pirandello, et jusqu’au récent et remarquable Mephisto for ever de Guy Cassiers sur un texte de Tom Lanoy, le thème du théâtre dans le théâtre interroge les conditions de l’art dramatique, ainsi que les rapports entre l’art et la vie. Une question aiguë, tant l’art ambitionne non seulement de refléter le monde mais aussi à travers son regard esthétique d’exercer une influence sur lui. Ronald Harwood a été pendant sept ans l’habilleur de Sir Donald Wolfit (1902-1968), acteur talentueux particulièrement reconnu pour son interprétation de Lear et chef de la Royal Shakespeare Company, finançant lui-même la troupe, et la pièce rend hommage au théâtre et à ceux qui le font. Ce qui transparaît à chaque instant dans cet excellent texte drôle, brillant et captivant, ce ne sont pas principalement les tenants et aboutissants de ce questionnement sur les relations entre l’art et la vie, c’est d’abord un immense amour de la scène, lieu poétique et pratique, fabrique artisanale où la parole s’incarne et doit trouver les moyens d’investir l’espace et de toucher les spectateurs. Cet amour est ici servi par des acteurs magnifiques jusqu’au moindre détail, des acteurs que le public admire pour leur science. Et par un metteur en scène, aussi interprète principal, dont la carrière tout entière témoigne d’une très haute exigence artistique en partage avec les spectateurs.

L’habilleur miroir de l’acteur

La pièce met en scène une compagnie shakespearienne itinérante et surtout son chef de troupe, le Maître, acteur vieillissant et épuisé, et son habilleur, qui l’accompagne fidèlement et exclusivement depuis seize ans. Le spectacle commence avant la représentation du Roi Lear (la 227ème de la compagnie), et le Maître ne semble pas en état de jouer. Il faut voir Laurent Terzieff dans ce rôle du Maître, cabotin, mégalomane, égoïste et grandiose, dont l’esprit parfois défaille, et Claude Aufaure dans celui son habilleur infiniment aimant et patient, répliquant avec intelligence et humour, s’aidant de temps à autre d’une bonne lampée de brandy. Un duo fascinant, où l’habilleur est “le miroir de l’acteur“, où l’acteur, qui se dit “esclave“ de sa vocation, n’en peut plus de puiser dans ses dernières forces, de continuer encore et encore. Car il faut hurler sur la lande, porter Cordélia morte, et mourir à son tour. Une épreuve difficile, d’autant que la troupe a des soucis de recrutement (Philippe Laudenbach et Jacques Marchand sont de très comiques Edmond et Fou !). La tempête qui sévit sur la scène est aussi dans les rues. Nous sommes à Londres en janvier 1942, sous les bombardements nazis. « Sachez que chacune de mes paroles sera un bouclier contre votre barbarie, chacune de mes répliques un rempart contre votre règne de terreur. » clame le Maître. Et Norman répond : « Je ne pense pas qu’ils vous entendent, Maître. » Cette formidable équipe d’acteurs, qui donne à voir l’envers du décor et célèbre l’art de l’acteur dans sa sincérité et son artisanat si exigeants, offre en cadeau au public une mise en scène aboutie et réussie, avec humour et humilité. Bravo !

Agnès Santi


L’Habilleur de Ronald Harwood, texte français Dominique Hollier, mise en scène Laurent Terzieff, du mardi au samedi à 21h, samedi à 17h, au Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaîté, 75014 Paris. Tél : 01 43 35 32 31.

A propos de l'événement



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