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Avignon - Critique

Les Possédés d’Illfurth de Lionel Lingelser : que d’émotion, que de force dramatique !

Les Possédés d’Illfurth de Lionel Lingelser : que d’émotion, que de force dramatique ! - Critique sortie Avignon / 2022 Avignon Avignon Off. La Manufacture
© Jean-Louis Fernandez Lionel Lingelser dans Les Possédés d’Illfurth

Avignon Off / La Manufacture / texte de Yann Verburgh

Publié le 26 juin 2022 - N° 301

Le seul en scène de Lionel Lingelser propose un périple incandescent jusqu’aux blessures de l’enfance. Un conte autour de l’idée de possession, et des possibilités de s’en défaire.

Fondé en 2012 par Lionel Lingelser et Louis Arene, Le Munstrum Théâtre creuse un sillon artistique original qui allie tous les artifices du théâtre – masques, sons, lumières, costumes, scénographie… La compagnie crée des œuvres d’une étrangeté saisissante, qui questionne notre humanité et nos paradoxes, qui laisse éclore le rire contre le désespoir. Dans ce seul en scène de Lionel Lingelser, pas d’artifice et pas de décor. Et pourtant… que d’émotion, que de force dramatique ! Le tambour sonne le rappel, la cape magique est ajustée, l’annonce est faite : c’est le moment de représenter un conte terrible. Le moment d’écouter, de regarder un périple qui emmène jusqu’au creux de l’enfance, jusqu’à ce qui est le plus souvent tu. Écrit en collaboration avec l’auteur Yann Verburgh, le texte croise avec intelligence chemin intime et légendes populaires. Sur scène, un comédien du nom d’Hélios, né un jour sans soleil à Illfurth, « une terre de possédés », incarne une foule de personnages, raconte notamment l’histoire de Joseph et Thiébaut, deux petits garçons de 7 et 9 ans, qui à l’automne 1865 se trouvèrent atteints d’un mal mystérieux qui fut suivi d’un exorcisme. Hélios déploie une quête d’émancipation pleine de vitalité, qui passe par Genève, au début de sa carrière, où un metteur en scène colombien le pousse dans ses retranchements, et l’amène à laisser émerger les plaies du passé. « J’étouffe sous le masque de Scapin, ce masque qui me fait entrer dans le voyage de ma vie. » confie-t-il.

Le théâtre, un combat pour la joie

Ce voyage le ramène à son enfance blessée. Pendant cinq ans le corps du jeune garçon qu’il était fut possédé par un camarade de son club de basket. Le jeu de Lionel Lingelser impressionne par sa précision, son énergie, sa sincérité, son engagement performatif et corporel. Dans cette distance ludique que permet la fiction, qu’il fasse revivre l’enfant de chœur ou plonge dans les entrailles oniriques de l’enfer, qu’il se jette dans une transe éperdue ou murmure un simple mot, il célèbre le pouvoir de l’imaginaire, celui qui habite les plateaux de théâtre autant que celui qui console l’esprit. Quel télescopage entre les époques et les histoires, entre un monstre griffu au bec de canard et un démon d’aujourd’hui non reconnaissable. S’il excellait au basket, le comédien excelle merveilleusement au théâtre, dans cet espace où ce qui compte vraiment n’est ni l’efficacité ni la technique – au demeurant parfaites – mais la dimension humaine rayonnante, solaire, lumineuse, capable de combattre pied à pied, de surmonter les traumas, de choisir la joie. Bravo à l’enfant d’Illfurth, devenu un artiste de grand talent !

Agnès Santi

A propos de l'événement

Les Possédés d’Illfurth de Lionel Lingelser : que d’émotion, que de force dramatique !
du jeudi 7 juillet 2022 au mardi 26 juillet 2022
Avignon Off. La Manufacture
2, rue des Écoles 84000 Avignon

à 19h35, relâche les 13 et 20 juillet. Tél. : 04 90 85 12 71. Durée : 1h15. Spectacle vu au Monfort-Théâtre à Paris.


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