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Après Prendre soin en juin dernier, Alexander Zeldin revient au Théâtre de la Ville avec The other place, after Antigone. Très lointainement inspirée de la pièce de Sophocle, cette plongée dans les turbulences d’une famille contemporaine reste en surface du théâtre du réel qui a fait le succès de l’auteur-metteur en scène britannique.
Dans Prendre soin, la saison dernière, Alexander Zeldin rendait compte des heures difficiles de travailleurs et travailleuses précaires au sein d’une boucherie industrielle. Dans The Confessions*, trois ans plus tôt, il racontait l’histoire de sa propre mère, transcendant son existence personnelle dans une fable aux accents universels passionnante. Acceptant de faire évoluer son écriture en répondant favorablement à une commande du National Theatre of Great Britain qui lui demandait d’écrire une pièce inspirée d’Antigone, l’auteur-metteur en scène a créé, en 2024, The other place, after Antigone. Contrairement aux spectacles qui l’ont rendu célèbre, cette proposition aujourd’hui présentée au Théâtre de la Ville ne s’empare donc pas de la matière vivante d’existences empêchées par les dysfonctionnements de sociétés inégalitaires. La fiction inventée par Alexander Zeldin ne suit pas non plus l’intrigue de la pièce de Sophocle. The other place, after Antigone fait lointainement écho à la tragédie antique en imaginant une famille en deuil. Une famille d’aujourd’hui déchirée par les antagonismes et les souffrances intimes de certains de ses membres.
Un deuil qui ne passe pas
Telle Antigone face à Créon, Annie s’oppose à la volonté de Chris, son oncle. Ce dernier a organisé une grande cérémonie pour disperser les cendres de son frère, dix ans après son suicide. Il veut aller de l’avant en s’appropriant pleinement la demeure familiale qu’il a rachetée et qu’il transforme sans souci du passé. Quant à Annie, elle veut continuer de célébrer le souvenir de son père. Elle tient à ce que ses cendres restent dans la maison au sein de laquelle il a vécu et mis fin à ses jours. Chacun campe sur sa position. La sœur d’Annie, la femme de Chris, ainsi que son fils et un ami de la famille, sont entraînés dans les mouvements chaotiques d’une journée qui commence comme une comédie et se termine comme un drame. Incarné par une troupe d’interprètes virtuoses (Ella Bruccoleri, Alicia Charles, Imogen Elliott, Nick Fletcher, Tylan Grant, Jerry Killick), le théâtre d’acteurs d’Alexander Zeldin tient toute ses promesses. L’écriture, elle, est inégale. Où est passée la vérité dramaturgique des précédents spectacles de l’artiste britannique ? Situations et personnages visent le réel sans vraiment l’atteindre. On reste à l’extérieur de cette narration en quête de sens, de profondeur.
Manuel Piolat Soleymat
* Critique dans La Terrasse n°313, septembre 2023.
Du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 20h, le dimanche à 15h, le samedi 26 à 15h et 20h. Dans le cadre du Festival d’Automne 2026. Spectacle en anglais, surtitré en français. Durée : 1h15. Tél. : 01 42 74 22 77. theatredelaville-paris.com
Également le 1er octobre 2026 au Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg, du 8 au 14 octobre à la Comédie de Genève.
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