La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Fiancés de Loches

Les Fiancés de Loches - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Pascal Victor/artcomart Légende photo : Dans Les Fiancés de Loches, Jean-Louis Martinelli transcende Feydeau.

Publié le 10 mars 2009

Mise en scène efficace, comédiens brillants, émouvante participation des amateurs du CASH : tout est réussi dans Les Fiancés de Loches, si ce n’est le texte lui-même, au comique un peu terne.

Pièce de jeunesse qui porte en germe les obsessions futures de Feydeau sur l’insanité des contrats maritaux, le mensonge et l’évitement comme principes éthiques, la puissance de l’argent, l’hystérie féminine et la perversité masculine, Les Fiancés de Loches s’appuie déjà sur des ressorts comiques qui font des œuvres de la maturité de cet auteur des machines implacables où le rire naît du foisonnement de l’inattendu et de la surprise des coups de théâtre. Or, comme tout embryon, cette pièce née dans une matrice stylistique dont on sait la fécondité future, a du mal à vivre sur scène, malgré l’indéniable abattage des comédiens réunis par Jean-Louis Martinelli et en dépit des trouvailles et de la finesse de sa mise en scène. Blagues sur la paresse des domestiques et les vertus d’un bon chasseur ou d’un groom aimable, saillies de régiment sur les coquettes, calembours et quiproquos jouant du sens et du son des mots : le comique de Feydeau est à cet égard daté, autant dans les situations que dans la langue, ce qu’appuie paradoxalement la modernisation scénographique de la pièce. La société qu’il décrit, reposant sur les écarts entre les classes, entre Paris et la province et sur le mépris qu’ils engendrent, ressemble plus à celle des Deux Nigauds qu’à celle décrite avec tant d’incisive clarté par Balzac. Il serait évidemment ridicule d’espérer voire poindre la sociologie sous le divertissement, et, à cet égard, le texte vaut dans sa dimension satirique, mais sous le chef de cette ambition-là, il peine à convaincre, surtout dans le premier acte.
 
Un plateau accueillant et trépidant
 
Malgré ses faiblesses, le texte de Feydeau sert néanmoins de matériau fertile à Jean-Louis Martinelli qui imprime à sa mise en scène une intelligence indéniable des arcanes de la folie. De la chaire quasi totalitaire en haut de laquelle pérore le docteur Saint-Galmier au troisième acte, clin d’œil bienvenu aux effets dévastateurs du dogmatisme psychiatrique croyant aux origines somatiques de la maladie mentale, à l’invasion aquatique du plateau et à la confusion entretenue entre cure thermale et cure verbale, tout est présent des erreurs et des risques des mauvais traitements que dut subir la folie en son histoire. Et là où Martinelli réussit admirablement à dénoncer la cruauté de la mise à la marge et la bêtise des taxinomies sclérosantes, c’est quand il offre la possibilité aux membres du CASH (le Centre d’Accueil et de soins Hospitaliers de Nanterre), qu’il accueille avec autant de pudeur que de dignité sur le plateau, de montrer par leur jeu, leur parole et leur bouleversante interprétation des Feuilles mortes, que l’altérité et la désignation pathologique relèvent d’abord et avant tout du regard porté sur l’autre. Permettre, par cette participation respectueuse et pertinente, l’éclatement de la norme et le décentrement des points de vue, confère à la mise en scène une envergure analytique bien plus large que celle du texte. Celui-ci est servi par des comédiens qui offrent tous à leurs personnages le meilleur d’eux-mêmes pour animer ce délire scabreux à l’issue duquel tout rentre dans l’ordre. Au final, on a ri et chacun a retrouvé sa place : au fond, que demande le peuple ?…
 
Catherine Robert


Les Fiancés de Loches, de Georges Feydeau ; mise en scène de Jean-Louis Martinelli. Du 28 février au 11 avril 2009. Du mardi au samedi à 20h30 ; le dimanche à 15h30. Théâtre Nanterre-Amandiers, 7, avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre. Réservations au 01 46 14 70 00.

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