La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Le dernier contingent

Le dernier contingent - Critique sortie Théâtre DIJON Théâtre Dijon-Bourgogne
De brillants jeunes acteurs interprètent Le dernier Contingent.. Crédit : Marc Ginot

Théâtre Dijon-Bourgogne / librement inspiré du roman d’Alain Julien Rudefoucauld/ mes Jacques Allaire

Publié le 21 décembre 2015 - N° 239

« Roman de l’urgence contemporaine », selon les mots de son auteur, Le dernier contingent, transfiguré pour la scène par Jacques Allaire, conte six jeunesses à la dérive. Magnifique et terrible.

« Je ne crois pas à la narration, je ne crois qu’en la sensation ». Le crédo du metteur en scène connu pour son approche engagée de la création théâtrale, trouve avec Le dernier contingent une nouvelle occasion de se réaffirmer. Peut-être mieux que jamais : « Le spectacle, note Jacques Allaire, n’est pas l’adaptation du roman mais une réécriture depuis le prisme de la sensation et des rêves. Pas l’histoire racontée mais la déformation du vécu depuis les traumatismes. Non une vision objective – pour ça, il n’y a qu’à lire le roman – mais la traversée du surgissement des sensations ». Bouleversé par la lecture de l’œuvre d’Alain Julien Rudefoucauld, dont il fait la découverte avant qu’elle ne soit récompensée par le prix France-Culture/Télérama, il y trouve matière à inspiration, le récit romanesque rencontrant le sujet de ses préoccupations de l’heure : être adolescent aujourd’hui, ici et maintenant. Marco, Sylvie, Xavier, Malid, Manon et Thierry, tout juste sortis de l’enfance et déjà en perdition forment ce « dernier contingent ». Jeunes gens cabossés, pleins de trop d’espoirs, de trop d’énergie, de trop de vie, ils sont les Dom Quichotte de l’hydre ultra-libérale, sacrifiés sur le front d’un marché anthropophage.

Un conte halluciné

De cette tragédie romanesque contemporaine, aux forts accents céliniens, Jacques Allaire fait un conte halluciné et scéniquement parfaitement maîtrisé. Sa technique singulière est d’abord de dessiner en se laissant traverser par le texte et ce qu’inconsciemment il lui suggère, dans des croquis cristallisant les thématiques, les figures, les situations, les couleurs… Il dialectise ainsi son rapport au texte pour ensuite mieux le retrouver et le mettre en scène, dans l’éclosion des tableaux qu’il a fait naître. Une écriture plastique voit le jour dans laquelle le récit vient se fondre. Pour servir ses intentions aussi iconoclastes que le roman lui-même, Jacques Allaire a choisi de jeunes acteurs, frais émoulus de différentes écoles d’art dramatique du territoire. C’est un choix merveilleux. Evelyne Hotier, Chloé Lavaud, Gaspard Liberelle, Paul Pascot, Valentin Rolland, Edward Decesari, sont brillants, vibrants de sincérité. « Soleils » traversant de « ténébreux orages », enfermés dans cette cage dont les proportions sont celles d’un plateau aux profondeurs resserrées, les acteurs bouleversants alternent longs monologues, dialogues onomatopéiques, silences fulgurants. La partition musicale, aux accents pop-rock, augmentée de la présence d’un guitariste sur scène (David Lavaysse), joue avec les effets de lumière pour parfaire la cohérence de l’ensemble.

Marie-Emmanuelle Galfré

A propos de l'événement

Le dernier contingent
du Mardi 12 janvier 2016 au Vendredi 15 janvier 2016
Théâtre Dijon-Bourgogne
Rue Danton, 21000 Dijon, France

les mardi, mercredi, jeudi à 20h, le vendredi à 18h30.Tél : 03 80 30 12 12. www.tdb-cdn.com . Et aussi du 21 au 29 janvier 2016 à L’Estive, Scène Nationale de Foix et de l’Ariège, du 2 au 3 février 2016 au Parvis, Scène Nationale Tarbes-Pyrénées, du 1er au 3


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