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Les combats d’une reine

Les combats d’une reine - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

Françoise Courvoisier, Judith Magre et Magali Pinglaut portent en scène la parole libre de Grisélidis Réal, courtisane rebelle qui passait avec art du trottoir à la plume.

« Madame Grisélidis Réal, écrivain, peintre, prostituée », avait-elle cloué sur sa porte… Décidément rebelle à tout encartage idéologique, celle qui fièrement se nommait « courtisane » n’eut de cesse de saper tous les conformismes jusqu’à sa mort, en 2005, vaincue par les cruelles fourberies d’un cancer. Suisse, née en 1929 dans une famille bourgeoise aux mœurs sévères, elle avait commencé tard l’artisanat du sexe, à trente ans, pour nourrir ses quatre gamins, après une rupture avec son milieu et avec son mari. Puis elle avait continué, parce que c’était devenu son boulot. Mieux qu’un emploi à l’usine ou au bureau sous la coupe d’un patron. Plus libre, disait-elle. Elle se revendiquait comme travailleuse sociale et lutta ferme pour la défense des prostituées, de leurs droits, de leur dignité, brisant sans complexe les clichés miséreux de la pute acculée à la déchéance sociale ou bien séide de la perversion morale. Personnalité pétulante autant que militante, elle a confié au secret de l’écriture les embardées de sa vie, ses notes sur les clients, ses colères contre la répression. Son amie et metteur en scène Françoise Courvoisier a puisé dans ces récits romancés, la matière d’une pièce où résonnent sa révolte, son anti-conventionnalisme, son humour, sa rage et son extrême appétit de vivre. Judith Magre, Magali Pinglaut et Françoise Courvoisier elle-même, comédiennes de génération différentes, se relaient en scène pour porter la parole de Grisélidis Réal à travers les âges, de la prison où elle échoue en Allemagne, au trottoir qu’elle raconte avec ses douleurs et ses joies, puis à la lutte contre la maladie. « Qu’est-ce qu’il vaut mieux prostituer, son cul ou son âme ? Son cul, bien entendu. C’est plus fatiguant physiquement mais plus propre en fin de compte. » écrivait-elle. Cette « catin révolutionnaire » jamais n’a profané son franc parler.
 
Gwénola David


Avignon Off. Les combats d’une reine, d’après les romans de Grisélidis Réal, conception et mise en scène Françoise Courvoisier. Du 7 au 29 juillet 2010, à 19h30, relâche dimanche. Théâtre des Halles, rue du Roi René. Tél. : 04 90 85 52 57 et www.theatredeshalles.com.

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