La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

L’Ecole des Femmes

L’Ecole des Femmes - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Cosimo Mirco Magliocca Légende photo : Agnès/ Julie-Marie Parmentier et Arnolphe/Thierry Hancisse.

Publié le 10 décembre 2011 - N° 193

La mise en scène de cette Ecole des Femmes à La Comédie-Française par Jacques Lassalle fait événement en tenant toutes ses promesses. L’actuelle administratrice, Muriel Mayette, souhaitait réinscrire au répertoire ce « grand » Molière, depuis quelque temps négligé. De cette très singulière comédie, le metteur en scène montre qu’il a une profonde et heureuse connaissance.

« Ce qui me paraît assez plaisant, c’est qu’un homme qui a de l’esprit, et qui est averti de tout par une innocente et par un étourdi ne puisse avec cela éviter ce qui arrive ». Le commentaire critique signé Molière tient tout le drame. Et ce drame trop humain dans lequel s’installe Jacques Lassalle tire la farce baroque vers la tragédie classique. En choisissant cette dynamique, il fonce la comédie sans jamais la forcer, se plaisant à jouer de la variété des tons autorisée par la plasticité de cette pièce iconoclaste. Pénétrant sensiblement les subtilités du texte, notamment en matière de finesse des caractères, il les donne à entendre, simplement, dans toute leur complexité. A cette entente, qui sied particulièrement à l’esprit de La Maison, tout concourt. La troupe sert ses intentions avec cette discipline et cette intelligence de jeu mêlées qui font sa force. Thierry Hancisse, (Arnolphe), Jérémy Lopez (Horace), Julie-Marie Parmentier (Agnès), Gilles David (remarquable Chrysalde), Céline Samie (Georgette) et Pierre-Louis Calixte (Alain), Yves Gasc (Le Notaire et Enrique), font respectivement vibrer toutes les cordes sensibles des personnages qu’ils incarnent au service, d’abord, de la lettre et de l’esprit du texte.

Jeux de dupes
Le classicisme de la scénographie, non dénué d’inspiration, s’applique, dans un jeu de tableaux d’avant et d’arrière plans, à rendre manifestes les effets de dupes de l’intrigue. Le cadre bucolique d’un village de province fait écran, libérant un couloir où à la croisée des chemins comme des destinées, se font les rencontres opportunes. Et inopportunes. Retirée derrière le rideau tantôt levé tantôt jouant de ses effets de transparences, se tient la maison, prison affaiblie d’un balcon en forme de toit terrasse dans laquelle la belle Agnès est retranchée malgré elle. L’avant-dernier tableau, celui de cette noche oscura, nuit de pleine lune, grosse de cette violence enfantée par cette humaine tendance mimétique portant à convoiter ce que l’autre désire, nuit accouchant du désir de tuer le rival, pourrait servir d’épilogue. L’Ecole des Femme serait une tragédie au motif qu’ « aimer est une chose étrange ». Molière voulait une comédie. Jacques Lassalle en montre toute la portée et la gravité.
 
Marie-Emmanuelle Galfré


L’Ecole des Femmes de Molière; mise en scène de Jacques Lassalle. Du 19 novembre 2011 au 6 janvier 2012. Salle Richelieu en alternance ; matinées à 14h, soirées à 20h30. Comédie Française, Place Colette, Paris 1er. Tél. 0825 10 16 80. www.comedie-francaise.fr

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