La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Valère Novarina

Le Vivier des noms

Le Vivier des noms - Critique sortie Avignon / 2015 Avignon Cloître des Carmes
Crédit : Fabienne Douce Légende : L’auteur et metteur en scène Valère Novarina.

Cloître des Carmes / texte et mes Valère Novarina

Publié le 26 juin 2015 - N° 234

Pour lui, « tout langage a lieu dans l’espace : l’espace de la page, celui de la scène, celui du corps de l’acteur, celui du corps du lecteur… ». Fidèle au Festival d’Avignon, Valère Novarina* présente Le Vivier des noms au Cloître des Carmes. Un texte qui montre « la part des mots qui nous asservit et celle qui nous délivre ».

Existe-t-il pour vous un lien secret, une sorte de continuum entre Le Vivier des noms et vos précédentes œuvres?

Valère Novarina : Il se trouve que c’est la troisième fois que j’écris un texte pour le Cloître des Carmes, or la deuxième fois a été une expérience un peu traumatique, puisque c’était l’année où le festival a été annulé. Et en retravaillant pour les Carmes, tout d’un coup, des bribes de ce qui devait être dit dans ce lieu en 2003 me sont revenus. Le Vivier des noms est, dans deux de ses vingt-sept scènes, comme un tressage de beaucoup de choses issues des différents spectacles que j’ai créés à Avignon depuis Le Drame de la vie, en 1986. J’ai dit l’autre jour à quelqu’un, en souriant, que ce nouveau texte était un peu comme Le Crépuscule des Dieux, dans lequel toute la tétralogie résonne ! Il renvoie à la fois à lui-même et aux autres spectacles. Comme Le Drame de la vie, Le Vivier des noms est né d’un surgissement de noms. Un surgissement très libre qui est la matière nourricière, le ferment de ce livre.

« Il faut retrouver des zones érogènes dans le langage, redéployer l’éventail charnel de notre langue. »

Comment pourriez-vous caractérisez le rapport qui vous lie aux mots, au langage ?

V. N. : Ça, c’est le fond de l’affaire, si je puis dire ! Je considère le langage comme une onde qui va en direction du public, qui se répand, qui passe d’un spectateur à l’autre, qui se répercute contre les murs, qui évolue dans l’air (et surtout si l’on est en plein air !), en passant par la matérialité de la voix des acteurs… Pour moi, le langage est la chose fondamentale. Je n’ai pas l’impression de me servir du langage comme d’un instrument, mais comme d’une matière qui, d’elle-même, va parler. D’une certaine façon, c’est comme si je me trouvais en face d’un bloc que je devais révéler. En poussant les choses un peu loin, il m’est arrivé d’écrire que le langage était inhumain. Je veux dire par là qu’il nous dépasse largement. Je crois que l’on vient au théâtre pour voir le langage résonner. A travers le poème public que peut être le théâtre, les aspects très subtils et profonds du langage peuvent devenir le trésor de tout le monde : le trésor des lettrés comme des spectateurs qui n’ont jamais rien lu. Je crois beaucoup à une science cachée, à un souvenir caché enfoui en chacun de nous.

Considérez-vous votre théâtre comme un théâtre populaire ?

V. N. : Oui, car il s’adresse à toutes sortes de spectateurs. Il n’y a pas besoin d’être agrégé ou d’avoir fait une psychanalyse pour assister à mes spectacles ! D’ailleurs, ce que je trouve très important, c’est le mélange du public. Si dans une salle de théâtre, on n’a que des instituteurs, que des bouchers ou que des garagistes, rien ne peut avoir lieu. Au théâtre, on vient pour se rassembler, pour entendre ensemble des choses plurielles auxquelles chacun réagit très différemment. C’est pour cela que j’aime Avignon. Le public y est très mélangé. Les moments les plus beaux, au théâtre, naissent lorsqu’on ne perçoit, parmi les spectateurs, que des émotions singulières. Ça n’arrive pas très souvent, mais c’est toujours très émouvant. Les émotions ne doivent pas être dictées. J’aime les spectacles à émotions libres, finalement. J’ai horreur des ambiances, des climats.

Diriez-vous que votre théâtre est un théâtre non narratif, non figuratif ?

V. N. : Oui sûrement. Parfois, je me dis que c’est le rythme qui raconte. En tout cas, dans mon théâtre, les choses se racontent ailleurs. Je cherche des moments de vérité entre les acteurs et le texte. Dans une époque où les mots deviennent des idoles, je crois qu’il faut les remettre en mouvement, les remettre dans la combustion de la respiration. Je crois qu’il faut retrouver des zones érogènes dans le langage, redéployer l’éventail charnel de notre langue.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

 

* A lire : L’organe du langage, c’est la main, dialogues de Valère Novarina et Marion Chénetier-Alev, Argol éditions, 2013.

A propos de l'événement

Le Vivier des noms
du Dimanche 5 juillet 2015 au Dimanche 12 juillet 2015
Cloître des Carmes
Place des Carmes, 84000 Avignon, France

A 22h, relâche le 7. Festival d’Avignon. 


Tél : 04 90 14 14 14.


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