La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Le Talisman

La compagnie Akté invente une présentation simultanée et alternative de Borges et Goya, deux pièces coups de poing de Rodrigo Garcia en écho aux déceptions du millénaire commençant.

Publié le 10 mai 2007

Aux côtés du Quatuor Ludwig, Jean-François Balmer se saisit de la prose
balzacienne à travers une suite de paysages narratifs laissant s’entrelacer des
extraits de La Comédie Humaine et des fragments de quatuors à cordes de
Beethoven. Une fresque musico-littéraire dont le classicisme sans surprise
n?altère en rien la virtuosité du comédien.

« Ceci, dit-il d’une voix éclatante en montrant la Peau de Chagrin, est le
pouvoir et le vouloir réunis. Là sont vos idées sociales, vos désirs excessifs,
vos intempérances, vos joies qui tuent, vos douleurs qui font trop vivre ; car
le mal n?est peut-être qu’un violent plaisir. Qui pourrait déterminer le point
où la volupté devient un mal et celui où le mal est encore la volupté ? Les plus
vives lumières du monde idéal ne caressent-elles pas la vue, tandis que les plus
douces ténèbres du monde physique la blessent toujours.
 » Rond, mélodieux,
concret, contrasté, Jean-François Balmer serpente sur la langue de Balzac comme
un instrumentiste : avec foi et agilité ; certain de son adresse, comme de
l’éclat et de la clairvoyance des tirades au service desquelles il met son
talent. Et ces certitudes-là ne sont nullement usurpées. Achevant son
cheminement à travers La Comédie Humaine par les questions métaphysiques
et vertigineuses de La peau de chagrin, le comédien sera avant cela passé
par Ferragus et ses peintures des rues de Paris ; Le Père Goriot
et la crasseuse pension Vauquer, le volubile Vautrin, l’agonie de la figure
paternelle appelant de façon poignante l’amour et la présence de ses filles.

Tout l’éclat et la clairvoyance de La Comédie Humaine

Délectation littéraire, rires, saisissements’ Accompagné par de nombreux
mouvements de quatuors de Beethoven, Jean-François Balmer personnifie les
narrateurs balzaciens plus qu’il ne dit Balzac. Car l’interprète ne cisèle pas
cette prose à la manière d’un orfèvre précieux, affecté. La mise en scène de
Françoise Petit ? le faisant apparaître en costume d’époque, entrer et sortir de
scène à la faveur de certains contrepoints musicaux, adresser sa parole aux
musiciens ou au public, s’asseoir à cour ou à jardin ? semble à cet égard
vouloir favoriser la pleine incarnation, par l’acteur, des multiples voix dont
il s’empare. Ce déni de mise à distance, s’il permet d’éviter l’écueil de la
langueur et des poses poétiques, confère également à la représentation une image
très classique pouvant paraître quelque peu désuète. Ainsi, le parti pris de
l’historicité et le manque de créativité de la scénographie alourdissent
peut-être ce Talisman, rendu malgré tout remarquable par l’aisance et
l’investissement de Jean-François Balmer.

Manuel Piolat Soleymat

Le Talisman, d’après des textes d’Honoré de Balzac et des musiques de
Ludwig van Beethoven ; mise en scène et adaptation de Françoise Petit. A partir
du 20 mars 2007. Du mardi au vendredi à 19h00, le samedi à 16h00. Théâtre de la
Madeleine, 19, rue de Surène, 75008 Paris. Réservations au 01 42 65 07 09.

A propos de l'événement


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