La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Le Paradoxe de Georges

Le Paradoxe de Georges - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Rond-Point
Yann Frish dans Le Paradoxe de Georges. ©Jean-Claude Leblanc

Théâtre du Rond-Point / conception Yann Frisch

Après son excellent Syndrome de Cassandre (2015), Yann Frisch consacre son second seul en scène à la carte à jouer. Et confirme sa place parmi les grandes figures de la magie nouvelle.

Pour Yann Frisch, la magie est une discipline de l’intranquillité. Si elle divertit, c’est sur un malentendu. Pour mieux aller débusquer ce qui cloche dans le monde et chez l’humain. Pour questionner les ressorts de la croyance et de la manipulation. Après le syndrome de la fameuse Cassandre, c’est en effet au paradoxe d’un certain Georges que s’intéresse le magicien multi-primé, également formé au clown. Plus précisément, nous renseigne-t-il entre deux numéros, celui de George Edward Moore, un des fondateurs de la philosophie analytique tombé dans l’oubli hors des cercles de spécialistes. Mais dont Yann Frisch exhume l’examen d’une contradiction : celle que contient une phrase telle que « Il pleut dehors, mais je ne crois pas qu’il pleuve ». Le parallèle avec la magie est évident. Pour le mettre à jour, l’artiste abandonne le nez noir et la mine déconfite qu’il arborait dans Le Syndrome de Cassandre, au profit d’un joli costume bleu légèrement anachronique et d’un sourire charmeur. Dans Le Paradoxe de George, le magicien l’emporte sur le clown. Et la parole se joint à l’action autour d’un des accessoires de base de la magie moderne : la carte à jouer. Avec sa dégaine de savant un peu barré, Yann Frisch illusionne tout en discourant avec fougue sur les « trucs » des magiciens. Sur leurs mensonges qu’on gobe avec joie.

La magie cartes sur table

Le rapport entre le prestidigitateur et son public est d’emblée placé sous le signe du trouble. De l’étrange. Pourquoi venir en sachant d’avance qu’on ne verra que du faux ? Que, si une carte semble voler ou surgir de nulle part, c’est nécessairement du chiqué ? Avec un mot, un trait d’humour pour chacun, Yann Frisch interroge. Il formule ce qui d’habitude est tacite. Tout comme il révélait le tragique du clown dans sa création précédente, il exhibe ici le sérieux du magicien. Sa réflexion à la croisée de la technique et des sciences humaines. Dans Le Paradoxe de Georges, le mélange de sublime et de trivial du magicien est porté à un sommet. Bien sûr, les cartes choisies mentalement par les spectateurs sont devinées par le magicien. Et celles qui disparaissent de la table réapparaissent dans une poche, ou inversement, avec une parfaite maîtrise. Mais ce qui est vraiment virtuose, c’est de réussir à doubler tous ces tours classiques d’un discours critique, sans leur faire perdre de leur force d’enchantement. Et même en leur ajoutant de la profondeur. Du vertige. Avec ses cinquante-deux partenaires de papier, Yann Frisch nous mène ainsi non pas en bateau, mais en camion. Et il nous emprunte des routes passionnantes et inattendues.

 

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Le Paradoxe de Georges
du Mercredi 2 mai 2018 au Mercredi 30 mai 2018
Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin Roosevelt, 75008 Paris, France

du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. Représentations supplémentaires les vendredis et samedis à 18h30. Tel : 01 44 95 98 00. Durée : 1h environ. Également du 22 au 24 juin au Mans fait son cirque, du 6 au 11 juillet aux Nuits de Fourvière à Lyon, du 17 juillet au 5 août au Festival Paris l’Été…


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