La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Le Cabaret des trois Sœurs

Le Cabaret des trois Sœurs - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de l'Epée de bois
Bruno Niver © D.R.

Théâtre de l’Épée de bois / écriture collective / conception, mes et scénographie Bruno Niver

Publié le 23 octobre 2018 - N° 270

Le metteur en scène a élaboré un spectacle de cabaret autour de trois sœurs qui évoquent les héroïnes tchekhoviennes. Un voyage dans les styles musicaux et les époques pour explorer la Moscou contemporaine et tenter de percer le mystère de l’âme russe.

Comment est née l’idée d’intégrer un cabaret aux Trois Sœurs ?

Bruno Niver : C’est plutôt Les Trois Sœurs qui est intégré au cabaret ! Le spectacle est basé sur des chansons et sur des monologues eux-mêmes basés sur des improvisations d’acteurs tirées de leur vie privée. Par exemple, une comédienne raconte ceci : elle monte dans un train, finalement en descend et ne part pas. Elle nous fait comprendre que la liberté de décision peut intervenir à chaque instant de sa vie. Est-ce que prendre un billet de train oblige à partir ? Tous ces problèmes individuels abordent des sujets universels. Cela rejoint la problématique des personnages de Tchekhov, qui sont universels parce qu’ils ont des visions à partir de choses de la vie quotidienne. Aux monologues des trois chanteuses/comédiennes, j’ai intégré des passages de Tchekhov qui leur font écho.

« C’est ça l’âme russe : rien ne va mais on ne peut rien changer. »

Pourquoi était-ce important d’en faire un spectacle musical ?

B.N. : Le spectacle en effet est fondé sur des chansons ou des réflexions sur les chansons. Qu’est-ce que je ressens quand je chante une chanson ? Pourquoi j’arrive à exprimer des choses par la musique que je n’arrive pas à exprimer par des paroles ? Pourquoi, quand j’écoute une chanson d’Aznavour, sonne-t-elle différemment selon son interprète ? Ce sont les mêmes paroles, la même musique, mais chaque interprète raconte une histoire différente. C’est justement cette personnalité intérieure du comédien qui rejaillit dans les dialogues et l’improvisation, que nous faisons ressortir. J’appelle cela « la méthode russe de mise en scène » (inspirée par Vassiliev ou Boris Ioukhananov qui a été son élève et auprès de qui j’ai étudié). Elle met en avant la personnalité des acteurs. Dans ce spectacle, je pousse le principe à l’extrême : leur texte, c’est eux-mêmes mais comme eux-mêmes sont joués par eux-mêmes, ce n’est plus eux-mêmes !

Quel est le fil conducteur du spectacle ?

B.N. : Les époques. Moscou est une ville très particulière. La vie y est passionnante, très énergique, culturellement foisonnante, avec des habitants très intéressants. La Révolution de 1917 n’est pas si loin et a tout transformé, puis la Perestroïka a encore tout transformé. Dans l’inconscient collectif, tout cela coexiste. A travers 5 périodes (avant la Révolution, les rêves, la Révolution, aujourd’hui et l’épilogue tragique), le spectacle constitue un tableau de la Russie contemporaine où coexistent les époques, des destins, des personnages qui ont des visions différentes du monde et qui se supportent. Et en même temps, on n’arrive à rien changer. C’est ça l’âme russe : rien ne va mais on ne peut rien changer ! La mentalité française est très différente.

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Le Cabaret des trois Sœurs
du Jeudi 8 novembre 2018 au Dimanche 25 novembre 2018
Théâtre de l'Epée de bois
Cartoucherie, Route du champ de Manœuvre, 75012 Paris

du jeudi au samedi à 20h30, samedi et dimanche à 16h, relâche les lundis. Tél. : 01 48 08 39 74.


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