La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien

Laura de Gaëlle Bourges

Laura de Gaëlle Bourges - Critique sortie Danse Brasles Espace culturel de Brasles
Crédit : Danielle Voirin Gaëlle Bourges crée Laura en hommage aux femmes qu’on oublie

Entretien

Publié le 18 août 2021 - N° 291

En partant d’Olympia de Manet, Gaëlle Bourges déploie et déplie les représentations, pour mieux parler de la place des femmes d’hier à aujourd’hui.

Y a-t-il une forme de malice dans le titre de la pièce ? On y voit une sorte de télescopage d’autres prénoms de femmes de la pièce : Olympia, Vénus, Victorine, et Laure… Laura, est-ce toutes à la fois, ou juste un focus sur l’une d’entre elles ?

Gaëlle Bourges : C’est toutes à la fois. Il ne s’agit pas d’un travail sur une femme, mais sur la disparition de l’identité des modèles femmes et des artistes femmes dans l’Histoire de l’Art en général. Il faut effectivement voir Laura comme une condensation de ces prénoms, comme l’invention d’une autre image à partir d’Olympia. Sur scène, on « fait » la Vénus d’Urbin du Titien, Le Déjeuner sur l’herbe de Manet et d’autres tableaux… Pour moi, ce serait un peu ça, Laura : donner un nom à un tableau imaginaire qu’on pourrait réinventer à partir de cet agglomérat de femmes oubliées.

De quoi s’agit-il quand vous dites « on fait » tel ou tel tableau…

G.B. : Je pars de l’observation de l’image. Ensuite, nous construisons l’image dont on traite sur le plateau avec des matériaux ou accessoires simples – pour Olympia, drap, taie d’oreiller, coussin, matelas rouge, rideau vert, fleurs, chat… – pour donner à voir une interprétation du tableau. Par la partition chorégraphique, qui crée l’image en direct devant le spectateur, on en donne une lecture critique, selon les gestes, les objets que l’on choisit de montrer ou non, ou ce que font les personnages à l’intérieur de l’image. J’ai pris le parti de mettre en scène un jeu de chaises musicales dans les rôles, sans place assignée : tout le monde devient tour à tour la camériste (Laure, femme noire esclavagisée), ou la femme allongée (Victorine Meurent, qui était peintre elle aussi). Cela donne une ronde de vrais êtres humains qui ont des styles différents, des couleurs de peau différentes, qui évidemment déjouent les assignations que Manet a représentées et que la notoriété de la peinture a fixées. On essaye de dé-fixer les choses et de redonner une identité aux personnes de l’époque.

« On essaye de dé-fixer les choses et de redonner une identité aux personnes de l’époque. »

Votre volonté d’intégrer la langue des signes à la pièce rejoint-elle l’idée de donner une place à chacun, de lutter contre l’invisibilité ?

G.B. : Oui, je travaille depuis des années, en filigrane, sur la disparition des femmes artistes et modèles dans l’Histoire de l’Art. Il y a aussi une autre forme d’invisibilité, tout ce public qui ne voit pas ou n’entend pas, qui est complètement hors des radars du spectacle vivant en France. Depuis Le Bain, on essaye de rendre accessibles nos spectacles, notamment pour les enfants. Il y aura donc aussi de l’audiodescription pour les publics non-voyants. Et quand Lucie Lataste, traductrice en langue des signes, est là, je la place au cœur de l’action des performeuses, pour intégrer son récit au travail de plateau.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Festival C’est comme ça !
du Mercredi 6 octobre 2021 au Jeudi 7 octobre 2021
Espace culturel de Brasles
place Georges et Gaston Brigot, 02400 Brasles

Le 6 octobre 2021 à 19h, le 7 à 10h. Tél. : 03 23 82 87 22.


Tournée dans le cadre du Festival d’Automne à Paris : du 8 au 14 novembre au T2G, Théâtre de Gennevilliers, les 20 et 21 novembre 2021 au Palais de la Porte Dorée, Paris, du 1er au 5 décembre 2021 au Théâtre de la Ville, Paris – Les Abbesses, du 15 au 17 décembre 2021 au Théâtre Dunois, Paris, du 12 au 15 février 2022 au Théâtre de Choisy-le-Roi.


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