La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Ivo van Hove

L’artiste en société : créer envers et contre tout ?

L’artiste en société : créer envers et contre tout ? - Critique sortie Avignon / 2014 Avignon Cour du lycée saint-Joseph
©Jan-Versweyvel

Cour du Lycée Saint-Joseph / The Fountainhead D’après Ayn Ran / mes Ivo van Hove

Qu’est-ce que l’acte de création ? Doit-il ignorer les attentes du public ou au contraire intégrer la réception de l’œuvre ? En traversant The Fountainhead (La source vive), roman de l’écrivaine et philosophe Ayn Rand (1905-1982), le metteur en scène hollandais Ivo van Hove pose des questions essentielles sur le geste de l’artiste et son rapport avec le public.

Dans ce roman publié en 1943, Ayn Rand dépeint l’homme idéal sous les traits d’un jeune et brillant architecte, qui contrairement à son collègue, refuse tout compromis. En quoi ce sujet rejoint-il vos propres interrogations ?

Ivo van Hove : Ces architectes, qui vivent dans le New-York des années 20, incarnent deux archétypes du créateur. Howard Roark suit ses idées et ses rêves. Il cherche à inventer une architecture moderne, radicalement nouvelle, pour la cité de demain. Il refuse de discuter avec les commanditaires et considère ses projets comme des oeuvres d’art, qui ne souffrent pas le consensus. Peter Keating au contraire se montre plus pragmatique. Il souhaite satisfaire ses clients et s’adapte à leurs besoins. Ses dessins épousent davantage les demandes du marché. A travers ces deux figures se joue la bataille entre innovation et tradition, entre inspiration et compromis, entre idéologie et pragmatisme. Le roman dépeint une guerre des idées, sur une question centrale : qu’est-ce que la création ? Que signifie l’intégrité dans l’acte de créer ? Existe-t-il un juste équilibre entre la démarche commerciale et la pure expression de l’artiste ? En tant que metteur en scène, je me confronte sans cesse à ces interrogations. D’une part parce que le théâtre est un art vivant et collectif, où interagissent et coopèrent de nombreux créateurs. D’autre part, parce que, de nos jours, grandit la préoccupation politique d’un théâtre fait pour le public. La baisse ou la stagnation des financements publics accentuent le phénomène et donnent de plus en plus d’importance aux recettes et aux sponsors donc à l’adhésion des spectateurs. Mais contrairement à Ayn Rand, qui clairement tranche en faveur d’Howard Roark, je préfère montrer l’ambivalence des positions.

« L’art doit apporter une réflexion et non pas seulement une réaction. »

Amener les spectateurs dans un espace de questionnements et de doutes en montrant la complexité du réel plutôt qu’en le simplifiant : est-ce votre définition d’un théâtre engagé politiquement ?

I. v. H. : Dans mon adaptation, je m’attache en effet à présenter les deux personnages sans prendre parti. C’est au spectateur de former son propre jugement. Le théâtre n’est pas le reflet de la réalité mais ouvre un monde d’imagination. Le metteur en scène propose un regard derrière le miroir de la réalité. L’art est politique parce qu’il résonne avec ce qui traverse la société : il doit apporter une réflexion et non pas seulement une réaction comme les médias.

Plusieurs histoires s’enchevêtrent, de la rivalité entre les architectes à la passion amoureuse de l’un d’eux. Comment avez-vous conçu l’adaptation scénique de ce roman de près de 700 pages ?

I. v. H. : Nous l’avons articulée sur les questionnements concernant l’essence de la création pour parvenir à un texte de 150 pages. Sur scène, la production se fait à vue et dévoile le processus du théâtre. Des projections vidéo permettent aussi de visualiser les conceptions architecturales et leur matérialisation. On montre la fabrique de la création !

 

Entretien réalisé par Gwénola David

A propos de l'événement

The Fountainhead
du Dimanche 13 juillet 2014 au Samedi 19 juillet 2014
Cour du lycée saint-Joseph
Lycée Saint Joseph, 62 Rue des Lices, 84000 Avignon, France

Festival d’Avignon. Cour du Lycée Saint-Joseph. Du 13 au 19 juillet 2014, à 21h, relâche le 14 juillet. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 3h30.


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