La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien François Bégaudeau

L’amour active les turbines cérébrales !

L’amour active les turbines cérébrales ! - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

Fruit d’un workshop mené en dialogue par François Bégaudeau et Mélanie Mary, Un deux un deux est l’occasion pour l’auteur et la metteur en scène de louer avec humour les vertus cérébrales de l’amour.

Quelle est l’histoire de votre rencontre avec Mélanie Mary ? Quelle est la genèse de ce projet ?
François Bégaudeau : Nous sommes dans une phase intermédiaire de ce projet puisque nous avons déjà lu la pièce deux fois et venons à Avignon pour la faire entendre à nouveau, en espérant trouver des producteurs et des diffuseurs susceptibles d’aider à la monter. J’ai rencontré Mélanie à l’occasion de la lecture d’un autre de mes livres. Elle avait envie de travailler sur l’amour et je lui ai proposé un fragment que j’avais écrit, un dialogue de dix minutes, une espèce de badinage conceptuel et amoureux ! Ce premier fragment lui a beaucoup plu et elle m’a demandé d’en ajouter d’autres. De fragments en fragments, la pièce est née, écrite non pas à deux mains mais à deux cerveaux ! Le premier fragment s’appelait « Dis-moi que tu m’aimes » : passage obligé de toute histoire d’amour. On a décidé de passer en revue les phases canoniques d’une histoire d’amour : la première rencontre, le premier rendez-vous, la première relation sexuelle, le désir formulé d’habiter ensemble. C’est une sorte de parcours fléché théorique, ludique et sentimental qui essaie de tordre les clichés et d’affoler la distribution des rôles. Car les amants réfléchissent à leur amour en même temps qu’ils le vivent.
 
 « L’amour crée de l’intellectualité. »
 
Vous considérez donc que l’amour est une aventure cérébrale ?
F. B. : Ce qui m’intéresse c’est de traiter les moments corporels de cette histoire de façon cérébrale. C’est fou ce que ça fait parler l’amour ! L’amour crée de l’intellectualité chez tout le monde, même si, évidemment, c’est autre chose que ça ! Ça active les turbines cérébrales ! J’ai l’impression qu’il y a une accélération intellectuelle quand on est amoureux. L’amour est une comédie et un drame, il est à la fois léger et pesant, il est ce qui nous rend le plus heureux et nous met le plus au fond. L’art met souvent en avant son versant sombre : contre ce parti pris de gravité, je crois nécessaire de rappeler son aspect drôle et lucide. Les amants se marrent beaucoup ensemble. Passer une nuit ensemble, c’est certes coucher ensemble mais c’est surtout beaucoup parler ensemble.
 
Comment se termine cette histoire que vous inventez ? Mal, comme en général ?
F. B. : Comme nous voulions passer en revue toutes les phases de l’amour, il fallait qu’il y ait une rupture. Le bad end est devenu une convention de la littérature contemporaine et on considère en effet que les histoires d’amour finissent mal en général. Mais nous n’avons pas voulu de cette fin. Après la rupture, nos personnages recollent leur histoire : leur séparation se révèle impossible. Pourquoi ? Parce que Mélanie et moi sommes d’un tempérament assez frais et d’une humeur, comme celle de cette pièce, assez joyeuse, mais aussi parce que l’amour, c’est aussi du jeu et du badinage. S’il fallait trouver des références, pas forcément Werther mais plutôt la gravité et la légèreté très enjouée qu’il y a dans Une femme est une femme de Godard…
 
Catherine Robert


Avignon Off, Un deux, un deux, pièce écrite par François Bégaudeau, en dialogue avec Mélanie Mary. Le 16 juillet 2010 à 11h, lecture à la Maison Jean Vilar, 8 rue de Mons. Entrée libre. Tél. : 04 90 86 59 64. Le 16 juillet à 16h, Un deux, un deux, une pièce en cours, dans le cadre de la thématique « Cultivons notre jardin », conférence animée par François Bégaudeau et Mélanie Mary à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, 74, rue Louis Pasteur. Entrée libre. Informations et réservations sur www.univ-avignon.fr Le 17 juillet, Le cul le cerveau – Faudrait pas dissocier, une journée au cinéma Utopia autour de Un deux, un deux et de Humpday de Lynn Shelton. Lecture à 11h, projection à 14h, discussion animée par François Bégaudeau et Mélanie Mary à 15h45. Utopia, 4, rue des Escaliers Sainte-Anne 84000. Renseignements sur www.cinemas-utopia.org/avignon

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