La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien / Stéphane Gornikowski

La Violence des riches

La Violence des riches - Critique sortie Avignon / 2018 Avignon Avignon Off. Théâtre des Carmes-André Benedetto
Stéphane Gornikowski Crédit : DR

Théâtre des Carmes / d’après l’œuvre de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon / conception et écriture Stéphane Gornikowski / mes Guillaume Bailliart

Entretien
Stéphane Gornikowski

La compagnie Vaguement compétitifs revient à Avignon avec une nouvelle version de La Violence des riches, grand succès du dernier festival. A découvrir ou à revoir pour mieux rire de colère !

« Tout le monde peut s’approprier les idées et les processus de mise en jeu de ces idées. »

Vous parlez d’un spectacle joyeux. Pourquoi ?

Stéphane Gornikowski : Le rire désacralise le pouvoir. Nous avons créé avec cette conviction. De fait, les gens « rient de colère » (dixit une infirmière de l’hôpital d’Avignon). Le spectacle parle d’eux, de nous, dans un moment liant théâtre, plaisir et politique. Il nous ramène la joie et renvoie la tristesse et l’indignité aux puissants. Ce « rire de colère » partagé dans des salles pleines fait que les gens se sentent « reboostés ». Combattre la violence des riches n’est pas triste, pas perdu, mais possiblement joyeux et gagnant.

Quels ouvrages inspirent ce spectacle ?

S. G. : Outre l’inspiration du livre éponyme publié à La Découverte, j’ai lu « l’intégrale Pinçon-Charlot » et d’autres livres, travaux de recherche, enquêtes, rapports parlementaires et même le Bottin mondain. Pour valoriser cela, nous déploierons ces références sur le site de la compagnie (vaguementcompetitifs.org). Et la version 2 de la pièce aborde des aspects récents et méconnus de la « violence des riches ».

Comment passez-vous de l’analyse livresque à la scène ?

S. G. : La Violence des riches s’attaque à tout : les Pinçon-Charlot parlent alimentation, clubs privés, urbanisme, impôts… Nous avons gardé cette diversité et « tamisé » le texte au plateau. Notre théâtre pauvre ou plutôt « à cœur ouvert » part d’une volonté d’horizontalité avec les spectateurs : donner la sensation que tout le monde peut s’approprier les idées et les processus de mise en jeu de ces idées. C’est une forme accueillante et non dominante.

La fin du spectacle propose d’inventer des réponses ? Lesquelles ?

S. G. : Individuellement, il y a mille réponses. Marcher au lieu de conduire pour faire 500 mètres, renoncer aux marques qui attaquent le service public par l’évasion fiscale : voilà des réponses. Nous sommes des millions à résister à la violence des riches et il y a entre nous plus de commun que de divergences. Face à une situation grave, il y a urgence à plancher ensemble sur un nouveau Programme de résistance. De tout cela, nous parlons désormais aussi aux plus jeunes avec Pourquoi les riches, l’adaptation jeune public qui sera en tournée en 2018/2019.

Comme la sociologie, le théâtre est-il un sport de combat ?

S. G. : Modifier son image élitiste reste un combat. Nous proposons aux lieux d’accueil une médiation et la création d’une représentation spécifique au territoire pour réunir une communauté large de spectateurs. Et sur l’égalité, nous devons combattre dans le milieu théâtral : inégalités entre les femmes et les hommes, faible présence des populations minorées, sexisme ou violences sexuelles, abus de pouvoir. Autant de dominations à subvertir collectivement. A renverser.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

La Violence des riches
du Vendredi 6 juillet 2018 au Mercredi 25 juillet 2018
Avignon Off. Théâtre des Carmes-André Benedetto
6, place des Carmes, Avignon

à 11h25 ; relâche les 12 et 19 juillet. Tél. : 04 90 82 20 47.


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