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Pour sa troisième mise en scène à la Comédie-Française, Arnaud Desplechin dirige Adeline d’Hermy et Alexandre Pavloff dans La Musica deuxième, de Marguerite Duras, au Théâtre du Vieux-Colombier. Une proposition saturée d’affects qui asphyxie l’écriture de l’écrivaine.
Pour cette nouvelle saison, l’administrateur général de la Comédie-Française, Clément Hervieu-Léger, a fait le choix de programmer exclusivement des textes d’autrices au Théâtre du Vieux-Colombier. Avant Leïla Slimani, Annie Ernaux, Marie NDiaye ou encore Simone de Beauvoir…, c’est Marguerite Duras qui inaugure cette mise en avant des écritures de femmes avec une mise en scène de La Musica deuxième signée par Arnaud Desplechin. Disons-le d’emblée, cette troisième collaboration du réalisateur de cinéma avec la Maison de Molière (après Père d’August Strindberg en 2015 et Angels in America de Tony Kushner en 2020) est une déception. Interprétée par Adeline d’Hermy et Alexandre Pavloff, cette proposition créée le 30 septembre dernier s’élance à corps perdu, dès ses premières répliques, dans une approche émotionnelle de la pièce de Marguerite Duras. Écrite en 1985 à partir d’un texte datant de 1965 intitulé La Musica, La Musica deuxième met en présence une femme et un homme qui viennent de divorcer, trois ans après leur séparation. Une nuit entière, dans le salon de l’hôtel qui a hébergé le début de leur vie commune, elle et il revisitent les liens contradictoires d’un amour à la fois absolu et impossible.
Le concret et l’invisible
Ce qui fait sans doute la profondeur si particulière de l’œuvre de Marguerite Duras, c’est la ligne de tension mystérieuse qu’elle établit entre le concret et l’invisible. Un concret brut, sans affect, ancré dans la simplicité du quotidien. Un invisible qui sert de caisse de résonance aux mots, qui ouvre les horizons du hors-champ, du silence, du non-dit. À l’intérieur de l’espace bi-frontal conçu par le scénographe Rudy Sabounghi (espace au réalisme chic dépouillé), Adeline d’Hermy et Alexandre Pavloff habillent La Musica deuxième de vêtements psychologiques. Il et elle rient, crient, s’apitoient, s’emportent, s’attendrissent, s’agitent, se lamentent…, parfois à la limite du surjeu. La chair du texte ploie sous le poids de tant d’effets. Elle ploie et puis s’affaisse, s’efface presque totalement au profit d’une autre écriture, celle de la direction d’acteur volontariste d’Arnaud Desplechin. Adeline d’Hermy et Alexandre Pavloff sont sincères, mais semblent jouer une autre partition que celle proposée par Marguerite Duras. La greffe ne prend pas. Anne-Marie Roche et Michel Nollet, les protagonistes complexes et ambivalents de La Musica deuxième, se muent en personnages de mélodrame.
Manuel Piolat Soleymat
Du mercredi au samedi à 20h30, les dimanches à 15h, les mardis à 19h. Durée : 1h35. Tél. : 01 44 58 15 15. www.comedie-francaise.fr.
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