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Théâtre - Critique

Antoine Heuillet interprète « Courir à la catastrophe » : une autofiction et un portrait social qui racontent beaucoup

Antoine Heuillet interprète « Courir à la catastrophe » : une autofiction et un portrait social qui racontent beaucoup - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Petit Saint-Martin
© Benjamin Siksou Antoine Heuillet dans Courir à la catastrophe

Théâtre du Petit Saint-Martin / Texte, jeu et mise en scène d’Antoine Heuillet

Publié le 14 octobre 2026 - N° 347

Dans Courir à la catastrophe, Antoine Heuillet emprunte le chemin de l’autofiction pour revenir sur la découverte de son homosexualité. Les échecs, les difficultés, qu’il relate dans ce parcours initiatique,  brossent en creux et avec finesse le portrait d’une société.

Dans son premier spectacle déjà, Mais où est donc passée Madeleine Tornade ?, Antoine Heuillet que l’on a pu voir auparavant dans plusieurs spectacles d’Alain Françon (En attendant Godot, Les Voisins, Un chapeau de paille d’Italie) avait un train de retard. Seul en scène, ce jeune diplômé de l’École Nationale d’Art Dramatique du Nord y disait sa nostalgie pour une multitude de figures de théâtre, toutes féminines, qu’il n’a jamais connues pour la bonne raison qu’elles appartiennent à un passé antérieur à sa naissance. Dans Courir à la catastrophe qu’il créait en juin dernier sur le petit plateau du Théâtre La Flèche, et qu’il reprend aujourd’hui sur la plus grande scène du Petit Théâtre Saint-Martin, c’est au sens propre que l’artiste loupe son train. Après avoir déploré sa mauvaise entrée en scène et celle guère plus réussie des spectateurs, Antoine Heuillet nous joue sa course pour prendre un train direction Biarritz, qui elle aussi se solde par un échec. La salle devient donc la gare où il est contraint d’attendre le prochain départ et les spectateurs endossent le rôle des inconnus qui partagent son destin l’espace d’une heure – une heure dix pour être précis, la durée de la représentation qu’il mène tambour battant. En si peu de temps, c’est un moment complexe de sa vie que relate l’artiste sur un mode autofictif dont il assume aussi bien l’écriture que la mise en scène : sa découverte de son homosexualité dans une société pas toujours disposée à l’accueillir.

Des fiascos pour un super solo

S’il adopte pour porter son propre parcours initiatique un ton, une adresse proche de celle qui se pratique dans le stand-up, la maladresse volontaire que déploie Antoine Heuillet le place à une distance légère mais significative avec ce genre. En usant d’un humour qui tient sa force de tomber régulièrement à plat, le jeune homme oppose à l’efficacité du stand-up une fragilité qui fait toute sa singularité dans le paysage de l’humour et du solo autobiographique ou autofictif, autre genre théâtral avec lequel dialogue et s’amuse l’auteur et comédien. Joueur, Antoine Heuillet l’est aussi avec les motifs incontournables ou presque du solo à la première personne qu’il convoque dans son spectacle. En racontant avec autant de malice que de feinte gaucherie un rapport compliqué à la mère et plus encore au père, une expérience catastrophique avec une psychanalyste ou encore des premières amours timides, le comédien plie délicatement ces figures bien connues à son sujet. Au fil de son histoire tout en coq-à-l’âne dont il interprète tous les personnages en plus du sien, Antoine Heuillet fait en creux le portrait d’une époque. Car les différentes réactions qu’il rencontre dans la quête de son identité homosexuelle, qui vont de l’ignorance au rejet, disent beaucoup de la société où s’ancre le récit, celle des années 2000 et de la « Manif pour tous ». En faisant du doute et de l’hésitation le moteur de sa pièce, Antoine Heuillet dit aussi la nécessité d’inventer des voies et des vies alternatives à celles que valorisent nos sociétés capitalistes.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Courir à la catastrophe
du mardi 29 septembre 2026 au mardi 27 octobre 2026
Théâtre du Petit Saint-Martin
17 rue René Boulanger, 75010 Paris

les lundis et mardis à 20h. Tel : 01 42 08 00 32. Durée : 1h10.

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