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Théâtre - Critique

« La Mort de Danton » dans la mise en scène de Simon Delétang, une création qui passe à côté du texte grandiose de Georg Büchner

« La Mort de Danton » dans la mise en scène de Simon Delétang, une création qui passe à côté du texte grandiose de Georg Büchner - Critique sortie Théâtre Paris La Comédie-Française
La Mort de Danton, mis en scène par Simon Delétang. © Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

Comédie-Française - Salle Richelieu / texte Georg Büchner

Publié le 27 janvier 2023 - N° 307

En 2002, Matthias Langhoff faisait pour la première fois entendre l’œuvre de l’Allemand Georg Büchner à la Comédie-Française, avec l’entrée au répertoire de Lenz et Léonce et Léna. Aujourd’hui, c’est au tour de La mort de Danton d’investir les ors de la Salle Richelieu. Mise en scène par Simon Delétang, avec Loïc Corbery dans le rôle-titre, cette création passe à côté du grandiose pour rester dans le grandiloquent.

Ici, nul suspens. Nous savons d’emblée que Georges Jacques Danton mourra à la fin de la pièce, comme ce fut effectivement le cas le 5 avril 1794 (ou le 16 germinal de l’an II, si l’on souhaite suivre le calendrier républicain), guillotiné à Paris avec quelques-uns de ses partisans, dont Camille Desmoulins, après une décision du Tribunal révolutionnaire. Georg Büchner (1813-1837) l’indique dans le titre de son texte, écrit en 1835, drame en quatre actes au lyrisme ample, prenant, grave, qui revient sur les circonstances du procès ayant abouti à cette exécution historique. Un peu plus de 20 ans après Lenz et Léonce et Léna, c’est donc une nouvelle œuvre de l’écrivain allemand qui entre au répertoire de la Comédie-Française, par le biais d’un spectacle qui, il faut bien le dire, ne ménage lui non plus guère de suspens. Dans un décor unique à la monumentalité opératique, le metteur en scène et scénographe Simon Delétang signe une création qui avance d’acte en acte de façon académique, ne laissant entendre que par bribes, par éclats diffus et incertains, les sinuosités de l’âme, les beautés de trouble et de doute que contient la pièce de Büchner.

Errances et souffrances

Car les onze comédiennes et comédiens réunis à l’occasion de cette proposition en costumes d’époque (accompagnés de six jeunes interprètes de l’académie de la Comédie-Française) ne parviennent pas à faire troupe. Chacun semble agir individuellement, de manière souvent volontariste, sans vision claire et fédératrice de l’œuvre de Büchner. Cette Mort de Danton va cahin-caha. Elle déploie des contrepoints picturaux et musicaux d’un grand classicisme : l’air du Commandeur de Don Giovanni de Mozart, une immense toile peinte représentant La Mort de Socrate de Jacques-Louis David, un médaillon reprenant La Méduse du Caravage… Véhémente, mais profondément sensible, la grande Marina Hands offre l’un des seuls vrais moments d’émotion dans le rôle de Marion, une poignante grisette. Incarnant Saint-Just, Guillaume Gallienne (en alternance avec Julien Frison) vise la retenue et l’intériorité. Au sein du théâtre déclamatoire ici à l’œuvre, cette tentative pleine d’exigence a malheureusement du mal à se faire entendre. Quant à Clément Hervieu-Léger, il est d’une droiture et d’une netteté qui vont parfaitement à Robespierre, mais qui souffrent du manque de complexité du projet de mise en scène. Alors, on s’accroche aux souffles du texte. Un grand texte sur les souffrances de l’humain et les errances de l’action politique.

 

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

La Mort de Danton
du vendredi 13 janvier 2023 au dimanche 4 juin 2023
La Comédie-Française
Place Colette, 75001 Paris.

En alternance. Matinées à 14h, soirées à 20h30. Durée de la représentation : 2h30 sans entracte. Tél. : 01 44 58 15 15. www.comedie-francaise.fr


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