La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Mariage forcé

La Mariage forcé - Critique sortie Théâtre
Photo : Brigitte Enguérand Sganarelle (Bruno Raffaelli), lié à Dorimène (Léonie Simaga), à son père (Grégory Gadebois) et son frère (Clément Hervieu-Léger).

L’entrain coloré de la scène de Pradinas réveille une comédie mascarade ambiguë, se moquant des prétentions d’un bourgeois à vouloir satisfaire ce désir fou d’épouser une jeunesse irréfléchie.

Sganarelle, bourgeois fortuné et voyageur, aspire à s’établir pour asseoir une descendance en caressant, comme un enfant, le rêve audacieux de prendre femme plutôt « jeune », aimable pouponne à sa discrétion.Le cinquantenaire trop tard prudent demande conseil à Géronimo (Jérôme Pouly goujat) :« Il m’est venu, depuis un moment, de petits scrupules sur le mariage ». Cette situation de comédie sombre peut tourner à la tragédie, du moins à la farce noire implicite. De son côté, Dorimène, la jeune fille désargentée, qu’un père et un frère tenaient recluse, vante la morale du plaisir avec jeu, visites, promenades et fréquentation d’un amant. Face à cette réalité, l’argumentation de Géronimo, articulée sur le problème de l’âge du barbon, n’est pas entendue. De même, les philosophes interrogés (Gilles David et Nicolas Lormeau) n’émettent nul jugement. Ce sont des pédants, de douteux prétendus intellos, le premier aristotélicien et le second pyrrhonien, des figures grotesques inspirées de la Commedia dell’arte. Même attitude de la part des Égyptiennes, jolies bohémiennes diseuses de bonne aventure, elles chantent à merveille sans jamais répondre à la question, « se marier ou non ».

De petites miniatures peintes, comme un couple en émoi

Le public sourit à l’écoute du barbon : « Ce mariage doit être heureux car il donne de la joie à tout le monde, et je fais rire tous ceux à qui j’en parle. Me voilà maintenant le plus content des hommes. » Et le plus malheureux et le moins prévoyant puisque le cocu est réduit à épouser la libertine sous la baguette malveillante d’un beau-père et d’un beau-frère cupides (Grégory Gadebois et Clément Hervieu-Léger). Le Mariage forcé, une pièce inspirée aussi du Tiers-Livre de Rabelais, est amer : Dorimène ressemble à la coquette Mademoiselle Molière qui inquiète un mari surmené, maladif et irritable. Que penser des figures multiples du motif improbable du mariage ? Pradinas s’est amusé de ce problème insoluble en le déposant dans une nuit qui recouvre tout, les objets précieux d’un coffre-fort, les trésors cachés de la vie intime, enserrés dans un noir écrin de velours. Les portes et les fenêtres d’une boîte d’un noir glacé coulissent pour que surgissent de petites miniatures peintes, comme un couple en émoi, Dorimène (Léonie Simaga) et son amant Lycaste (Christian Gonon), ou deux Égyptiennes, musiciennes et voix de sirènes, (Marie-Sophie Ferdane et Elsa Lepoivre). Bruno Raffaelli offre toute sa prestance physique à Sganarelle : « J’épouserai … » Face à la violence subie, le rire tourne court. Une leçon acide et enjouée sur la rude existence.

Véronique Hotte


Le Mariage forcé

Comédie en un acte de Molière, mise en scène de Pierre Pradinas, du 20 novembre 2008 jusqu’au 8 janvier 2009 à 18h30, relâches les 24, 25, 31 décembre et le 1Er janvier au Studio-Théâtre Galerie du Carrousel du Louvre 99 rue de Rivoli 75001 Paris Tél : 01 44 58 98 58

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