Danse - Entretien / Jean-Christophe Maillot

La Coppel-I.A de Jean-Christophe Maillot



Grimaldi Forum / Chor. Jean-Christophe Maillot / Ballets de Monte-Carlo

Qu’est-ce qui vous a poussé à recréer cette Coppélia 2.0, qui fait appel à l’intelligence artificielle ?

Jean-Christophe Maillot : Il y a quatre ans, j’ai découvert L’Eve Future, roman formidable de Villiers de L’Isle Adam, sans doute l’une des premières œuvres de science-fiction avant l’heure, avec une problématique faustienne à la française. Il s’agit d’une femme très belle mais très sotte que l’on reproduit en lui greffant l’intelligence. C’est monstrueux ! Une sorte de Frankenstein totalement misogyne, et complètement décalé. Je me suis alors demandé ce que serait un automate aujourd’hui. Je me suis rendu compte que dans une époque où la technologie nous permet d’imaginer très prochainement la création d’un être artificiel, toute cette problématique liée à notre fascination pour un physique parfait, pour une machine qui peut faire ce qu’on ne peut pas faire avec notre propre corps, devient très actuelle. Et bien entendu, on peut également soupçonner dans ce thème une forme d’accointance avec l’exigence de la danse.

« Coppélia a toujours été traité de façon un peu simpliste, alors que c’est une problématique éternelle de l’homme : créer un être idéal, à son image… »

Le conte, initialement d’Hoffman, ne traite-t-il pas aussi de l’amour impossible ?

J.-C. M. : Coppélia a toujours été traité de façon un peu simpliste, alors que c’est une problématique éternelle de l’homme : créer un être idéal, à son image, avec le secret espoir, un jour, d’en profiter. Quelle est la problématique de ce petit couple de Franz et Swanilda, jeunes amoureux, a priori anodins ? Qu’est-ce qui motive cette brutale fascination de Franz pour un être aussi parfait qu’inanimé ? La peur ? La sublimation amoureuse ? Aujourd’hui, Coppélia, au lieu d’être exposée sur son balcon, est réellement présente, comme les avancées technologiques permettent de l’imaginer. Ce qui peut évoquer les poupées sexuelles, un rapport effrayant et insupportable de l’homme à la femme. Coppélia nous raconte une histoire d’émancipation, et évidemment, c’est aussi une métaphore de la relation amoureuse.

Gardez-vous la musique du ballet de Léo Delibes ?

J.-C. M. : Je l’ai toujours détestée ! Finalement, je me suis rendu compte que ce qui me rendait cette musique insupportable était le souvenir de toutes les Coppélia que j’avais pu voir. Je me suis donc tourné vers Bertrand, mon frère et compositeur, et nous avons trouvé quelque chose que je pense être fascinant, extrêmement original, qui consiste à utiliser le principe du DJ mais pour la musique classique. C’est-à-dire que nous prenons la musique de Delibes et l’altérons dans sa temporalité et dans ses harmoniques. Cela donne quelque chose de très surprenant qui se rapproche de la musique de film.

Voilà longtemps que vous n’aviez pas créé un long ballet pour Les Ballets de Monte-Carlo, pourquoi ?

J.-C. M. : C’est la première fois que je refais une grande soirée, depuis le départ de mes danseurs que j’aimais tant et qui étaient la clef de mon écriture. J’ai trouvé dans cette nouvelle génération comme une renaissance, qui me ramène à ce désir, à ce plaisir profond de travailler ensemble.

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

A propos de l'événement


La Coppel-I.A de Jean-Christophe Maillot
du Vendredi 27 décembre 2019 au Dimanche 5 janvier 2020

10 avenue Princesse Grace, Monaco

Les 27, 28, 30, 31 décembre à 20h00, le 29 décembre à 16h00, les 2, 3, 4 janvier à 20h00, le 5 janvier à 16h00. Tél. : 00377 99 99 30 00.


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