« Salma, Mon Amour » le regard sans concession sur la société égyptienne d’Ahmed El Attar
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C’est une nouvelle de Stefan Zweig qui pour la première fois rencontre la scène. Der Zwang : La Contrainte. Anne-Marie Storme met en scène le texte qui convie deux personnages, Tom et Anna, qu’elle accompagne d’une narratrice-musicienne. Une formidable adaptation qui interroge qui nous sommes et ce que nous voulons, face aux obligations d’une administration patriote.
On ne saura jamais de quelle frontière ils parlent, quel front il doit rejoindre ni en quelle année nous sommes. C’est ainsi que Zweig pensa son texte, en 1920. Tom (Cédric Duhem), peintre réformé, caché à la campagne avec sa femme Anna (Anne Conti) pour échapper à la guerre, est finalement retrouvé par l’administration et convoqué pour prendre les armes. Une tragédie pour le couple qui refuse de se soumettre à l’institution : « être libre, c’est aussi ne pas vouloir ». S’ensuit un compte à rebours de trois jours, trois jours pour décider de se rendre au rendez-vous, trois jours pour faire sa valise, trois jours pour quitter l’espace de liberté construit à deux. Trois jours pour (se) convaincre, ou pas.
Des conflits intérieurs aux conflits de l’humanité
Autour du couple s’active, comme une narratrice omnisciente, Stéphanie Chamot. Au clavier, elle rythme le récit en jouant de sonorités électro rock, sonnant le gong qui rappelle qu’une décision doit être prise. Au micro, elle susurre à l’oreille de Tom, donne un visage à sa conscience, chante, interprète un vieux militaire dépassé du cabinet de guerre. Le relief qu’elle apporte au récit permet aux personnages de se déployer grâce au formidable texte de Stefan Zweig, qui nous met face à nos contradictions. Sommes-nous libres ? L’institution est-elle plus forte que nos convictions ? L’amour est-il au-dessus de tout ? « Je ne reconnaitrai jamais aucune loi qui mène à l’assassinat » assène l’épouse. Tom, Anna, comme un couple d’adolescents face aux questionnements de l’humanité tout entière, font figure de réponse, lumineuse et pleine d’espoir. On rit et on redoute à la fois, mais surtout on admire un travail de grande qualité. Et puisque cette nouvelle est si rarement mise en scène, courez la découvrir.
Louise Chevillard
à 14h55. Relâche les 8, 15 et 22 juillet. Tél. : 04 90 86 30 37. Durée : 1h10. Spectacle vu au Théâtre de la Bourse du Travail, Avignon Off 2024.
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