La Terrasse

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Avignon - Entretien / Alain Béhar

La Clairière du Grand n’importe quoi d’Alain Béhar, mis en scène par Marie Vayssière

La Clairière du Grand n’importe quoi d’Alain Béhar, mis en scène par Marie Vayssière - Critique sortie Avignon / 2019 Avignon Avignon Off. Théâtre Artéphile
Alain Béhar © D.R.

Entretien / Alain Béhar
Artéphile / texte et interprétation Alain Béhar / mes Marie Vayssière

Publié le 23 juin 2019 - N° 278

L’auteur en résidence à la Fabrique du Théâtre des 13 Vents à Montpellier livre et interprète un texte poétique sur les migrations.

Quelle est la genèse de La Clairière du Grand n’importe quoi ?

Alain Béhar : Au départ, c’était une commande du metteur en scène Moïse Touré pour un spectacle intitulé 2147 et si l’Afrique disparaissait, créé la saison dernière avec le chorégraphe Jean-Claude Galotta. Il avait demandé à trois auteurs français et à trois auteurs africains des bribes de textes destinés à devenir des matériaux pour son spectacle. Comme je le lui avais dit à l’époque, on pouvait difficilement tomber sur moins spécialiste de l’Afrique que moi, mais il en était ravi. J’ai donc écrit des textes auxquels je me suis attaché. Je les ai repris et en ai fait un texte pour moi, La Clairière du Grand n’importe quoi, dans lequel il reste quelque chose de l’imaginaire africain mais déplacé.

« Il s’agit de s’échapper – d’une façon très simple : par l’imaginaire – d’un monde supposément catastrophique. »

De quoi parle-t-il ?

A.B. : C’est un conte qui se déroule en 2043, dans un monde où toutes les catastrophes seraient amalgamées, qu’elles soient climatiques, géopolitiques ou autres. Cela parle de migration, des gens qui fuient des catastrophes et partent, de façon un peu joyeuse, vers une improbable clairière qui les sauverait.

Cette fameuse clairière du titre ?

A.B. : Exactement. Le « Grand n’importe quoi » est en fait le nom d’un personnage que ces gens rencontrent. Comme son nom l’indique, il fait un peu n’importe quoi et emmène tout le monde sur un grand bateau en papier, en plein milieu de Sahara. Un bateau qui, comme une Arche de Noé, accueillerait le monde entier vers on ne sait quel bonheur partagé et imaginaire.

Vous n’assénez pas de certitudes ?

A.B. : Surtout pas. Cela reste un jeu d’écriture. Par la parole du narrateur, ce récit nous emmène vers des contrées imaginaires, poétiques, paradoxales. Il s’agit de s’échapper – d’une façon très simple : par l’imaginaire – d’un monde supposément catastrophique.

Vous dites avoir écrit ce texte pour vous. Qu’est-ce qui vous a poussé à le porter à la scène et à l’interpréter vous-même ?

A.B. : Habituellement, j’écris des textes que je monte avec des acteurs. Mais après avoir lu ce texte en public, on m’a dit plusieurs fois que je devrais l’interpréter sur scène. C’est donc un pas de côté, une envie de jouer peut-être, de faire entendre ce texte particulier avec ma physiologie et mon rapport au texte. C’est une façon de développer un petit moment digressif par rapport à d’autres spectacles que j’ai pu monter, un moment où je suis en lien avec ma propre écriture, où je suis en rapport avec ma langue. Le texte s’y prête car le narrateur est une sorte de griot post-moderne. J’espère bien sûr qu’il pourra se jouer dans des théâtres, grands ou petits, mais aussi dans des jardins, sous des arbres. Ce texte est une façon de jouer en proximité avec le conte. C’est un entre-deux performance / théâtre. Je peux imaginer le dire et le raconter dans toutes sortes de contextes.

Dans votre scénographie, il y aura forcément un bateau en papier ?

A.B. : Oui car il y a quelque chose d’enfantin dans le récit de cette échappée. L’embarquement est abstrait mais toutes ces personnes montent sur un grand bateau en papier qui signifie à la fois le bateau, le voyage, et une migration symbolique.

 

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

La Clairière du Grand n’importe quoi d’Alain Béhar, mis en scène par Marie Vayssière
du Vendredi 5 juillet 2019 au Samedi 27 juillet 2019
Avignon Off. Théâtre Artéphile
7 rue de Bourg-Neuf

à 16h35. Relâche les dimanches. Tél. : 04 90 03 01 90.


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