La Terrasse

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Avignon - Entretien

Koffi Kwahulé : Intégration

Koffi Kwahulé : Intégration - Critique sortie Avignon / 2009

Publié le 10 juillet 2009

Laëtitia Guédon met en scène Bintou, un texte de Koffi Kwahulé qui présente l’histoire d’une jeune française d’origine africaine plongée dans la violence d’une banlieue populaire. L’auteur ivoirien revient sur les fondements de cette « pièce citoyenne ».

Qui est Bintou, l’héroïne de votre pièce ?
Koffi Kwahulé : Bintou, est une adolescente africaine de treize ans issue de l’immigration. A la tête d’un gang, dans une banlieue française, elle défie tout : l’école qu’elle a abandonnée, la police que son gang a réussi à chasser de la cité et l’autorité masculine. Sa famille, dont l’existence est encore régie par certaines traditions africaines, estime que si Bintou tourne mal, c’est uniquement parce qu’elle n’a pas été initiée, c’est-à-dire excisée. Ses parents lui propose donc un voyage en Afrique, histoire de connaître les autres membres de sa famille et surtout l’Afrique, dont elle ignore tout. Sans pour autant flairer le piège, Bintou refuse le voyage. Ses parents décident alors de la faire exciser en France.

Avez-vous écrit cette pièce pour prendre part au débat sur l’excision ?
K. Kw. : Oui, c’était en 1996, alors que l’on parlait beaucoup d’excision dans les tribunaux français. J’ai décidé de prendre part au débat en écrivant ce que certains appellent une pièce citoyenne. L’irruption de l’excision sur le territoire français pose évidemment la question de l’intégration. Qu’est-ce que c’est que s’intégrer ? Même si l’intégration se fait au moins à deux, je ne voulais pas poser cette question « nerveuse » à la France, mais à l’immigré.

« J’essaie d’élaborer une écriture à la fois orale et écrite, une poésie concrète. »

Car, sans renier ses propres valeurs — et l’on doit même les apporter, si j’ose dire, comme dot de mariage — il est évident que certaines d’entre elles, parce qu’elles heurtent de manière frontale les convictions de l’autre, ne peuvent entrer dans ce nouveau contrat du vivre ensemble.

Comment pourriez-vous présenter votre univers d’écriture ?
K. Kw. : J’essaie d’élaborer une écriture à la fois orale et écrite, une poésie concrète, une langue qui donne à voir et qui privilégie le rythme. Peu importent les voies que j’adopte pour telle ou telle pièce, l’essentiel est que cela reste un plaisir à proférer pour l’acteur. Et le seul plaisir auquel je pense quand j’écris est celui que pourrait prendre un comédien à dire ce texte. La dette que mon écriture doit aux metteurs en scène est inestimable, mais je crois — en tous les cas j’écris dans cette volonté — qu’elle pourrait se suffire d’un tête-à-tête avec les comédiens.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

Avignon Off (Textes d’auteurs vivants). Bintou, de Koffi Kwahulé ; mise en scène de Laëtitia Guédon. Du 8 au 31 juillet 2009, à 13h45. La Chapelle du Verbe Incarné – Théâtre d’Outre-Mer en Avignon, 21G, rue des Lices. Tél. : 04 90 14 07 49.

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