« Orso et moi », Mis en scène par Justine Heynemann : Géraldine Martineau participe avec sensibilité au renouvellement en cours des récits sur la maternité
Avec Orso et moi dont elle signe le texte et [...]
Miracle théâtral en cette rentrée ! Juliette Rizoud et Christian Schiaretti installent La Jeanne de Delteil au théâtre Lucas-Paumier. Bonheur incandescent d’un spectacle sublime, à ne pas rater !
Canoniser Jeanne d’Arc en 1920 permettait de valoriser le sacrifice patriotique : les gueules cassées avaient besoin de l’huile chrismale pour cicatriser ! Mais quand, cinq ans après, Joseph Delteil osa une Jeanne humaine, généreuse, charnelle, énergique, insolente et drôle, les catholiques et les surréalistes réunis lancèrent l’anathème sur cette fille qui jure autant qu’elle irradie, et échoue autant qu’elle convainc. La jeune paysanne lorraine qui cause avec sainte Catherine et sainte Marguerite sous le mirabellier n’a pas la hiératique retenue qui sied aux héroïnes du roman national. Laine des bestiaux, odeur de l’étable, blondeur du blé et grand appétit : la Jeanne qu’imagine Joseph Delteil est femme avant que d’être sainte. Il faut partir de la matière pour comprendre l’esprit. À notre époque va-t-en-guerre où le salut au drapeau est en passe de redevenir une habitude scolaire, jouer le texte de Delteil (remarquablement adapté par Jean-Pierre Jourdain) relève de la résistance humaniste : cette Jeanne scandaleuse – malheur à elle ! – rappelle que bien malheureux est le pays qui a besoin de héros. On serait tellement mieux, comme disait le vieil Hugo, à boire aux fontaines et à prier dans l’ombre à genoux, mais il faut aller tuer son frère… Jeanne s’étonne et vitupère contre les hommes et le roi gringalet un tantinet crétin qui rendent son engagement nécessaire.
Le mot est la chose
Christian Schiaretti offre à Jeanne la mise en scène qui convient à cette fille de rien que l’amour et la foi adamantine font infiniment plus grande que tous ceux qui l’utilisent pour mieux la trahir, et l’encense pour mieux la brûler. Il faut voir Juliette Rizoud prendre littéralement feu à la fin du spectacle pour se convaincre définitivement de l’immense talent de ce metteur en scène, qui trouve en cette comédienne une compagne de passion à la hauteur de celle qu’il voue au poème et au théâtre. Loin du fanatisme paludéen des grenouilles de bénitier, la pucelle que dénude le feu, offrant le spectacle de son sein à la foule carnassière, est semblable à Didon la sacrifiée ; tragique à l’image de Bérénice préférant l’amour à l’honneur. Juliette Rizoud arrive comme en campagne sur la scène faussement encombrée par les objets à partir desquels elle compose son œuvre, sorte de Palais Idéal théâtral : comme une artiste naïve ou comme un enfant, elle transforme une table en cheval, des pieds de projecteurs en cavaliers, une guirlande d’ampoules en auréole et un balai en étendard. L’apparente simplicité de la mise en scène, d’une intelligence absolue, devient évidente, l’inventivité est jouissive, les surprises et les trouvailles sont aussi poétiques qu’hilarantes, le mot suffit à faire surgir la chose, le talent interprétatif est total. Dieu seul sait combien le spectateur ne peut qu’aimer, comme aurait dit saint Augustin, la fascinante incarnation de Jeanne en Juliette !
Catherine Robert
En septembre : les 21, 22 et 29 à 21h ; en octobre : mercredi à 21h et jeudi à 19h ; en novembre : 4, 10 et 18 à 21h ; 5 et 19 à 19h ; en décembre : mercredi à 21h et jeudi à 19h (sauf le 24) ; à partir de janvier : mardi à 21h et mercredi à 19h. Tél. : 01 87 44 61 11. Puis tournée. Durée : 1h30.
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