La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien

José Alfarroba

José Alfarroba - Critique sortie Danse
©Arno Bouvier

Publié le 10 janvier 2010

Ardanthé : partager une danse atypique et novatrice

Douze ans que José Alfarroba fait vivre le Festival Artdanthé avec son équipe, dans un esprit d’échanges et d’accompagnement, combinant radicalité novatrice et réflexions sur notre monde.

La danse a-t-elle toujours fait partie de votre univers culturel ?
 
José Alfarroba : La culture a toujours été ma passion : le cinéma, qui m’a amené à tout le reste, le théâtre et la danse. Je me souviens d’une professeur de français au Portugal qui nous a donné l’amour de la France et de la langue française. A quatorze ans, j’essayais de traduire Sartre, et à dix-neuf ans, je suis parti ! Je suis arrivé à Paris à la fin des années soixante. Ce fut un émerveillement complet. Je suis allé voir tout ce qui sortait de l’ordinaire. Mon université a été le théâtre de la Ville. La découverte de Pina Bausch, avec notamment Barbe-Bleue, m’a véritablement bouleversé. L’engouement qu’elle a suscité dépasse l’idée de spectacle. Elle proposait quelque chose de très fort et de très personnel, avec de magnifiques rôles de femmes. On commençait alors à parler dans un spectacle de danse. C’était le début d’un théâtre qui allait vers la danse, et d’une danse qui allait vers le théâtre. Pina Bausch a radicalement changé notre regard.
 
« La danse permet de te raconter tes propres histoires. »
 
Lorsque vous êtes devenu directeur du théâtre de Vanves, avez- vous d’emblée voulu programmer de la danse ?
 
J. A. : J’aimais beaucoup la danse en tant que spectateur, et j’ai toujours voulu programmer de la danse. J’ai programmé tout de suite les frères Ben Aïm. En discutant avec eux, je me suis rendu compte à quel point il manquait un lieu intermédiaire avec quelques moyens pour programmer ces jeunes encore peu connus. Pourquoi pas un Festival avec de nombreuses compagnies, où se confrontent des artistes qui ont déjà un parcours avec de tout jeunes artistes ? Le théâtre de Vanves n’avait aucune histoire liée à la danse, les premières réunions pour obtenir des subventions n’ont pas été faciles ! Mais dès la première année, quatorze pièces ont été programmées. Depuis l’ouverture de la seconde salle l’an dernier, plus de quarante pièces sont proposées, avec des résidences d’artiste. Je suis toujours très fidèle aux artistes. Artdanthé – art danse théâtre – est devenu l’axe de la programmation, presque une saison danse, structurée par un collectif et une école du spectateur très  impliqués. L’école du spectateur permet  de mieux comprendre l’univers d’un artiste tout en favorisant le lien social. Au départ les gens me disaient que je programmais trop de compagnies mais je suis persuadé que c’est ce foisonnement, ces mariages étranges entre projets radicaux et projets plus sages qui ont contribué à notre succès.
 
Vous êtes amateur de danse autant que de théâtre… 
 
J. A. : J’ai toujours beaucoup aimé le théâtre : Grüber, Stein, Castorf, Chéreau, Dodine… Je pense que ce théâtre très engagé qui a explosé toutes les barrières nous fait mieux comprendre la danse. Chaque semaine les gens de l’équipe vont voir des spectacles et cela nourrit les discussions, les réflexions. S’il veut transmettre la beauté du monde, un acteur ne peut pas être inculte. Un programmateur non plus ! Je fais en sorte que les artistes en résidence voient les spectacles des autres.Ces échanges enrichissent la transmission et le partage.
 
 
La plupart des artistes programmés à Artdanthé revendiquent des questionnements politiques et sociaux. Comment la danse se saisit-elle de ces questions ?
 
J. A. : Je me suis battu pour que la programmation soit dégagée de tout diktat, ce qui est plus difficile dans une scène municipale où le maire a besoin du cautionnement de la population. J’ai déjà eu droit à des procès, mais le maire de Vanves nous soutient. Les spectacles doivent faire réfléchir. Il faut parfois choquer un peu le public, le piquer au vif. La formation a un rôle essentiel : il est important de savoir pourquoi on a aimé ou pas un spectacle, de partager son expérience, même si le besoin de comprendre du spectateur ne doit pas être parasitant. En danse l’artiste ne sait pas toujours où il veut aller, au départ il a une idée mais le corps a l’avantage. Le décalage que l’on constate parfois entre la note d’intention du chorégraphe et la pièce n’empêche pas forcément d’être touché ! La danse permet de te raconter tes propres histoires.Il est difficile d’être narratif en danse, je préfère une danse qui laisse supposer. Un lieu marche quand le public commence à faire confiance à l’animateur du lieu, et a envie découvrir ce qui est proposé. Une petite salle favorise les échanges.  Je suis fier d’Artdanthé et j’aimerais qu’après moi des gens prennent le relais, que cet état d’esprit d’accompagnement et de partage continue.
 
Propos recueillis par Agnès Santi


Artdanthé, du 25 janvier au 27 mars, au Théâtre de Vanves. Tél : 01 41 33 92 91.

A propos de l'événement



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