La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Gros Plan

Je danse le moâ

Je danse le moâ - Critique sortie Danse Noisiel La Ferme du Buisson
Crédit photo : Gilles Rondot Légende photo : Reversible, de Bouziane Bouteldja.

La Ferme du Buisson – Scène nationale de Marne-le-Vallée
Festival

Publié le 22 décembre 2015 - N° 239

Première édition d’un festival qui explore l’autoportrait chorégraphique.

Loin de se taire, le geste souvent trahit à la dérobée les frémissements les plus intimes, va puiser son élan dans les plis enfouis de l’âme, fait hurler soudain les silences noués dans la chair du temps. C’est en questionnant le jeu du « je » que La Ferme du Buisson a tiré le fil de Je danse le môa, festival qui rassemble quatre artistes autour d’un même thème : l’autoportrait chorégraphique. Au-delà de leurs différences, ces créateurs se croisent dans une dynamique commune qui guide leurs pas : le chemin qui mène vers soi passe par ses origines, par les siens… Ces exilés, d’un pays, d’une famille, d’une tradition ou d’une croyance, dévoilent, avec pudeur et force, le processus d’individuation qui les extrait de la gangue du passé. Ainsi donc de Germaine Acogny, qui, sous le regard du metteur en scène Mikaël Serre, se pare du mythe de Médée, mère et magicienne, meurtrie et meurtrière, pour conter son histoire et l’errance des identités. « Je suis revenue, en moi peut-être, à un endroit du début », dit-elle. Elle défait les fils de sa vie, revient sur la tradition, la colonisation et la trahison d’un père qui rompt avec le lien ancestral avec l’animisme et se convertit au catholicisme pour se « civiliser. ». « Germaine incarne ce que nous sommes presque tous devenus, des humains en transit, des exilés, des convertis et reconvertis » constate Mikaël Serre.

Les fils emmêlés de la filiation

La danseuse et chorégraphe Kaori Ito elle aussi remonte le cours de son existence, jusqu’à rejoindre son père, sculpteur de renom, dans un duo qui rattrape l’enfance dans l’étreinte du présent. Je danse parce que je me méfie des mots (lire notre critique dans ce numéro) dévoile les êtres reclus sous les masques modelés par l’art et la société, dénoue les nœuds de l’amour filial durcis à force de silence. C’est alors qu’ensemble, le père et la fille dansent ce qui ne peut être dit… Gay, croyant, traditionnaliste et guérisseur, le sud-africain Albert Silindokuhle Ibokwe Khoza fait de son corps nu, tout en opulence sensuelle et rondeurs charnues, l’autel du rituel sacré et de la danse profane. Exprimant la sexualité, la religion, le déracinement dans Influences of a closet chant, il revendique l’exubérance transgressive comme possibilité d’une émancipation individuelle et collective. Avec Reversible, Bouziane Bouteldja s’attaque aux tabous des religions et aux interdits des vieilles traditions. Musulman durant trente ans, le danseur a quitté cette croyance. Il interroge aujourd’hui son emprise sur les êtres. « Comment le corps et la pensée se soumettent à l’oppression physique, morale et religieuse ? » Une question qui n’a pas finit de résonner…

 

Gwénola David

A propos de l'événement

Je danse le moâ
du Vendredi 29 janvier 2016 au Samedi 30 janvier 2016
La Ferme du Buisson
Allée de la Ferme, 77186 Noisiel, France

Tél. : 01 64 62 77 77.


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