« Iqtibās » de Sarah M, une partition vibrante et poignante sur le thème de la double absence
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Jacques Vincey dirige six duos d’actrices qui se relaient pour incarner les deux personnages imaginés par Cynthia Fleury afin de porter la vulgarisation théâtrale de son essai sur le courage.
Partant du principe que la Grèce a inventé le théâtre, la philosophie et la démocratie d’un même miraculeux mouvement, on considère le premier comme un auxiliaire avantageux des progrès des deux autres. Dans la mesure où La Fin du courage, de Cynthia Fleury, publié chez Fayard en 2010, a connu un grand succès public, puisqu’il a été diffusé à plus de 200 000 exemplaires, on peut ne pas désespérer de la force des idées et de la capacité des lecteurs à tirer des enseignements personnels des ouvrages de philosophie. Mais pour affermir encore la popularité de la raison, chère à Condorcet, le théâtre peut transmettre ce que des entendements encore trop paresseux rechigneraient à lire. Tel est le projet né de la rencontre entre Cynthia Fleury et Isabelle Adjani. « Une première lecture avec Laure Calamy, initiée par Valérie Six, a donné lieu à quelques représentations à la Scala en 2020. Les productrices Claire Béjanin et Valérie Six se sont alors mises d’accord avec Rose Berthet, directrice du Théâtre de l’Atelier, pour déployer plus largement cette adaptation pendant sept semaines, avec l’idée très belle que le duo initial se réplique : trois duos d’actrices succèdent à Isabelle Adjani et Laure Calamy pour prendre en charge l’adaptation pendant deux mois. » dit Jacques Vincey, chargé de mettre en lecture l’adaptation de La Fin du courage.
La montagne et le boulevard
Les comédiennes sont en scène texte en main. Elles lisent en agrémentant l’exercice de quelques déplacements, dans une scénographie épurée (imaginée, comme les costumes, par Lucie Mazières) autour d’un escalier fait de livres compressés (Introduction à la philosophie de Karl Jaspers a échappé au pilon !), comme « la légion des esclaves muets, garrottés de cuir ou de parchemin » de la bibliothèque de Frère Othon, qui résistait, chez Jünger, à la montée des périls en se réfugiant dans « les bizarreries du savoir et de la citation rare ». Les comédiennes s’amusent elles aussi au jeu du name-dropping philosophique, interprétant un duel que l’escalade en montagne transforme en union (puisque c’est elle qui fait la force et permet de retrouver le courage). D’un côté, l’essayiste bougonne, de l’autre la journaliste survoltée. La menace de licenciement permet à la seconde de retrouver le nord et l’alpinisme offre à la première d’échapper au vertige. Ces deux personnages n’ont évidemment rien de Jean Cavaillès ou Simone Weil, moins histrions. Mais, à la hauteur de notre époque où la pensée se déploie entre tweets et posts, les comédiennes font tout ce qu’elles peuvent pour résister à la crise du sens. Aristote était déjà descendu sur le boulevard pour la joie des clients. Les spectateurs entendent la leçon enthousiaste proposée ici et disent leur engagement collectif retrouvé, en reprenant en chœur La Montagne, de Jean Ferrat, au mitan du spectacle.
Catherine Robert
Avec les duos : Isabelle Adjani et Laure Calamy, du 17 au 25 janvier 2026 ; Emmanuelle Béart et Sarah Suco, du 28 janvier au 1er février ; Emmanuelle Béart et Sophie Guillemin, du 3 au 8 février ; Isabelle Carré et Sophie Guillemin, du 11 au 22 février ; Lubna Azabal et Sophie Guillemin, du 25 au 27 février ; Lubna Azabal et Rosa Bursztein, du 28 février au 7 mars. Du mardi au dimanche ; horaires variables. Durée : 1h15. Tél. : 01 46 06 49 24. Site pour les horaires : www.theatre-atelier.com
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