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Après L’Amante anglaise, Jacques Osinski retrouve Sandrine Bonnaire dans sa mise en scène de 4.48 Psychose, dans la nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala. Pour une plongée dans la folie, aux frontières du langage et du théâtre.
Vous découvrez Sarah Kane lorsqu’elle fait irruption dans le paysage théâtral français dans les années 1990. Comment percevez-vous alors son écriture et pourquoi y revenir aujourd’hui ?
Jacques Osinski. : Comme beaucoup à l’époque, je prends de plein fouet l’écriture de Sarah Kane. Ses deux dernières pièces, Manque et 4.48 Psychose, sont celles qui provoquent chez moi la plus grande déflagration. Elle s’y défait du naturalisme présent dans ses premiers textes, pour explorer les limites du langage et donc du théâtre. Son écriture m’a toujours accompagné, et mon rapport à elle me semble aujourd’hui plus mature. C’est aussi ma rencontre avec Sandrine Bonnaire sur L’Amante anglaise qui m’a mené vers 4.48 Psychose.
L’Amante anglaise de Marguerite Duras, qui dans votre mise en scène était interprétée par Sandrine Bonnaire, Frédéric Leigdens et Grégoire Oestermann, est comme 4.48 Psychose centrée sur la voix d’une femme qui se débat…
J.O. : Je voulais continuer d’explorer la violence au féminin avec Sandrine Bonnaire. Elle s’exprime toujours de façon différente. Dans L’Amante anglaise, on assiste à un interrogatoire où se fait jour la vérité concernant le meurtre de Claire Lannes tandis que dans 4.48 Psychose, la voix d’une femme au bord du suicide se livre au spectateur d’une façon très intime, en adresse directe. Cette parole est très troublante, sans jamais tomber dans le pathos ni la culpabilisation.
Rien ne dit dans le texte si une ou plusieurs voix s’adressent au public. Pourquoi avoir choisi le singulier ?
J.O. : Je voulais que l’on soit dans la psyché de cette femme en proie à la folie et en marche vers la mort. Il ne s’agit pas pour autant de lisser l’écriture très fragmentaire, très hétérogène de Sarah Kane. Celle qui parle est traversée par des voix diverses, dont celle d’un médecin qui l’interroge et que j’ai décidé de faire apparaître en vidéo sous les traits de Frédéric Leigdens – en clin d’œil à L’Amante anglaise.
Vous avez choisi la nouvelle traduction du texte de Sarah Kane par Vanasay Khamphommala, qui utilise l’écriture et la typographie inclusive. Pour quelle raison ?
J.O. : Cette traduction respecte mieux que l’ancienne la neutralité de l’anglais, ce qui est très pertinent dans le cas de Sarah Kane dont le rapport au genre et très fluide. Après discussion avec Claire Stavaux, l’éditrice de L’Arche où est publiée la traduction, dans la collection « Des écrits pour la parole », nous avons décidé de ne pas rendre audible l’écriture inclusive, mais de laisser toutes les possibilités et les sens ouverts. Et ils sont multiples…
Propos recueillis par Anaïs Heluin
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